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Ligue vaudoise contre le cancerSoutenir la LVCNotre journal

L'importance du partenariat public-privé

Le cancer est une maladie qui peut générer beaucoup de besoins en termes d’accompagnement social des personnes atteintes ou de leurs proches. Au moment d’entamer un nouveau mandat à la tête du Département de la santé et de l’action sociale du canton de Vaud, la conseillère d’État Rebecca Ruiz nous reçoit pour en parler.

LE CANTON DE VAUD A BEAUCOUP INVESTI DANS LE DÉVELOPPEMENT DE THÉRAPIES INNOVANTES CONTRE LE CANCER, AVEC D’IMPORTANTES AVANCÉES SUR LE PLAN MÉDICAL. QU’EN EST-IL DU VOLET SOCIAL ?

Selon moi, il faut continuer à massivement soutenir l’élaboration de nouvelles thérapies, en raison de l’épidémiologie du cancer, qui s’illustre par une augmentation des cas en lien avec le vieillissement de la population notamment. C’est indispensable d’essayer de guérir lorsque le mal est là, mais il y a aussi tout ce qu’on se doit de faire autour de la personne touchée, de sa famille et de ses proches. On sait à quel point il est nécessaire, lorsqu’on est atteint du cancer, d’être accompagné pour faire face aux difficultés que la maladie peut engendrer. On constate souvent une diminution du temps de travail de la personne concernée ou d’un proche qui s’en occupe, ou des couvertures perte de gain limitées à 80 % de l’ancien salaire. Les personnes risquent alors de s’endetter si elles n’arrivent plus à boucler leur budget. À cela, s’ajoutent des sentiments d’angoisse par peur de ne plus pouvoir faire face à leurs obligations. La dévalorisation, déjà ressentie pendant la maladie, se renforce davantage. Enfin, la famille souffre aussi. Grâce à un suivi social, les personnes concernées sont conseillées et aidées pour des questions de logement, de gestion de budget, d’appui administratif, de recherche de fonds auprès des fondations ou d’épuisement de proches.

C’est pourquoi, sur le volet social, l’État s’investit notamment à travers la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) par des soutiens financiers à des associations comme la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC). Nous avons aussi récemment renforcé le Service social du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), qui par ailleurs accompagne des personnes qui ne sont plus malades du cancer, mais qui ont encore des besoins particuliers. Sur le plan cantonal, nous avons aussi le programme de soutien aux proches aidants, qui s’appuie sur une cinquantaine de partenaires. Un aspect important de ce programme est la relève à domicile que nous avons encore développée, pour pouvoir permettre aux proches de décompresser et de se reposer.

Enfin, une question me tient à coeur : celle des liens avec les assurances maladie, surtout lorsqu’il y a des problèmes de remboursement. Cela peut susciter parfois des batailles extrêmement difficiles, a fortiori quand on est déjà soi-même en bataille contre la maladie. C’est un sujet que je connais bien ; lorsque je présidais la section romande de la Fédération suisse des patients, nous avions souvent des situations de ce type.

COMMENT VOYEZ-VOUS LA COMPLÉMENTARITÉ ENTRE L’ÉTAT ET LES ORGANISATIONS CARITATIVES ?

Nous avons la chance d’avoir dans notre canton un réseau dense, avec des assistants sociaux compétents et un partenariat public-privé qui fonctionne. À mes yeux, ce qui est important pour les patients, c’est qu’il y ait une grande clarté sur les domaines d’intervention de chacun.

De manière plus large, et cela ne concerne pas que les malades du cancer, j’aimerais que l’appui social populationnel soit renforcé. La DGCS développe un projet appelé « Vaud pour vous », qui vise précisément à éviter des situations où des personnes n’ont pas connaissance de leurs propres droits, alors même qu’en facilitant leur accès à certaines prestations, on peut éviter qu’elles ne se paupérisent de manière durable.

SELON LE WORLD CANCER REPORT 2020 DE L’ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ (OMS), UN TIERS DES CANCERS POURRAIT ÊTRE ÉVITÉ AVEC DES MESURES DE SANTÉ PUBLIQUE PRISES PAR LES GOUVERNEMENTS. FAUT-IL EN FAIRE DAVANTAGE EN MATIÈRE DE PRÉVENTION ?

C’est un enjeu massif pour la santé publique, sachant qu’aujourd’hui la prévention est essentiellement entre les mains des cantons. Car il n’existe pas de loi fédérale, celle-ci ayant été rejetée par le Parlement il y a quelques années. Dans le canton de Vaud, nous avons une politique de prévention qui touche particulièrement les questions d’alimentation, d’activité physique et de tabagisme. Ces programmes sont régulièrement évalués et fonctionnent bien. Cependant, il s’agit de toucher les bonnes personnes, pas celles qui sont déjà conscientes du fait que l’activité physique est bénéfique, que ce n’est pas bien de manger trop sucré, trop salé… Mon intention est donc de veiller à atteindre les bonnes couches de la population, celles dont on connaît précisément les facteurs de risque et dont les origines sociales jouent un rôle déterminant dans la survenue de certaines maladies. Et là, c’est évidemment une mission centrale de l’État d’être capable de toucher ces publics en allant au plus près d’eux, en ayant des idées novatrices, en cassant les barrières qui empêchent l’accès à ces programmes. Et surtout, il faut éviter d’entrer dans la moralisation et la culpabilisation.

Il y a aussi tout le volet sur les dépistages. Dans le canton de Vaud, nous avons actuellement deux grands programmes sous la responsabilité d’Unisanté, le Centre universitaire de médecine générale et santé publique : cancer du sein et cancer du côlon. Un nouveau projet pourrait, je l’espère, se mettre en place prochainement au CHUV autour du cancer du poumon, avec une équipe très motivée et des premières données scientifiques extrêmement intéressantes.

LA MORTALITÉ LIÉE AU CANCER BAISSE CONTINUELLEMENT DANS NOTRE PAYS, CE QUI AMÈNE DES BESOINS ACCRUS EN TERMES DE SUIVI PSYCHOLOGIQUE. COMMENT VOYEZ-VOUS CES DÉFIS POUR L’AVENIR ?

Je partage votre constat que le pilier psychologique doit aussi être renforcé, mais on doit composer à ce stade avec une pénurie de personnel formé. Nous travaillons étroitement avec l’Université de Lausanne et plusieurs autres départements sur la formation pour susciter davantage de vocations dans ce domaine. Par ailleurs, nous avons établi des liens avec l’Association vaudoise des psychologues depuis que la Confédération a apporté des changements au modèle de prescription. Cela aura sans doute un effet bénéfique en termes d’accès à un suivi en psycho-oncologie pour les patients vaudois qui en auraient besoin.

Propos recueillis par Darcy Christen