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« Nous mangeons à moitié avec les yeux »

Catherine Leger est diététicienne indépendante à Lausanne et collabore avec la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC) dans le cadre du programme de réadaptation oncologique. Entre astuces et rappel du plaisir de manger, elle livre les grandes lignes de son accompagnement en cas de cancer.

QUAND UNE PERSONNE ATTEINTE DE CANCER VIENT VOUS VOIR POUR LA PREMIÈRE FOIS, QUELS SONT LES ASPECTS DE SON ALIMENTATION QUI VOUS INTÉRESSENT EN PRIORITÉ ?

Je commence par aborder la situation de cette personne de façon générale pour la mettre en confiance. Il y a toujours un stress quand on vient dans un cabinet de nutrition. On a l’impression qu’on va mal nous juger. Ensuite, le premier point qui m’intéresse, c’est l’hydratation. Les personnes qui suivent des traitements anti-cancéreux perdent parfois la sensation de soif, et quand on manque d’eau, les échanges nutritionnels se font mal. La deuxième chose que je regarde, c’est le transit. Si l’évacuation de la nourriture ne se fait pas régulièrement, l’absorption des aliments n’est pas bonne. Ensuite bien sûr, j’analyse les habitudes alimentaires. Un bon équilibre nutritionnel demande d’absorber 20 % de protéines, 30 % de graisses et 50 % d’hydrates de carbones. Je constate régulièrement des carences du côté des protéines, notamment parce que les personnes qui ont des nausées, à cause des traitements, n’ont plus envie de viande.

COMMENT FAIRE POUR MANGER SUFFISAMMENT DE PROTÉINES MALGRÉ LES NAUSÉES ?

Certaines personnes passent d’elles-mêmes au poisson, aux oeufs ou aux protéines végétales. Mais il y a aussi une astuce pour stimuler son appétit, c’est de manger froid. Les repas chauds dégagent plus d’odeurs qui peuvent être incommodantes.

LES HYDRATES DE CARBONE ONT MAUVAISE RÉPUTATION CONCERNANT LE CANCER. ON LES SOUPÇONNE DE STIMULER LA CROISSANCE DES CELLULES CANCÉREUSES, CE QUI AMÈNE PARFOIS À ADOPTER UNE DIÉTÉTIQUE « LOW CARB », COMME LE RÉGIME CÉTOGÈNE, QUI EXCLUT LA QUASI-TOTALITÉ DES GLUCIDES.

Je ne conseille pas le régime cétogène. J’ai récemment eu une discussion houleuse avec un médecin, qui voulait absolument que je le conseille à l’une de ses patientes. Le problème, c’est que ce régime est très difficile à suivre socialement. Les gens ont beaucoup de mal à tenir sur le long terme. Les malades risquent aussi de perdre du poids et de s’affaiblir. Le régime cétogène repose sur l’idée qu’il faut affamer les cellules cancéreuses, qui consomment beaucoup de glucides. Mais si elles n’ont pas de sucres à disposition, elles chercheront à se nourrir autrement. Il faut aussi savoir que les corps cétoniques, produits lors de la transformation de nos graisses en sucre dans un régime cétogène, donnent plus de travail aux reins.

EN 2015, L’OMS, L’ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ, A DÉCLARÉ LA VIANDE ROUGE « PROBABLEMENT CANCÉROGÈNE ». EST-CE QU’IL NE FAUDRAIT PLUS EN MANGER ?

L’OMS ne dit pas qu’il ne faut plus manger de viande rouge, elle préconise de ne pas dépasser 500 grammes par semaine. Ce n’est pas si restrictif... Moi-même, je conseille 100 grammes de viande par repas, ce qui veut dire qu’on peut manger de la viande rouge cinq fois par semaine. Je conseille tout de même de privilégier les viandes blanches et le poisson, en faisant attention aux grillades, notamment les barbecues qui imprègnent la viande avec des émanations d’hydrocarbures. Il faut aussi éviter les viandes fumées pour la même raison. Les viandes séchées, en revanche, ne posent pas de problème. Cela dit, je ne dis pas qu’il faut absolument manger de la viande. Un régime végétarien permet aussi d’avoir une nourriture équilibrée, même si on a un cancer.

QUE PENSEZ-VOUS DES ALIMENTS « ANTI-CANCER » ? Y A-T-IL DU VRAI DERRIÈRE LE DISCOURS MARKETING ?

Il faut d’abord comprendre qu’on ne peut pas maîtriser les cellules cancéreuses avec la seule nourriture. Mais il y a bien des aliments qui sont plus « protecteurs », parce qu’ils aident les cellules à se nettoyer de leurs toxines. Parmi eux, on trouve tous les choux, le chou blanc, le chou-fleur, le brocoli, le chou kale... Le soja est aussi bon sous toutes ses formes, tofu, tempeh, sauce soja, en faisant attention tout de même à sa provenance. S’il vient des États-Unis ou d’Asie, il peut contenir des OGM. Je préconise aussi de mettre tous les jours de l’ail et de l’oignon dans sa cuisine, ce qui ne veut pas dire qu’il faut les manger. Il suffit de mettre de l’oignon dans une eau de cuisson. La curcumine a aussi des effets anti-inflammatoires prouvés. On peut en mettre un peu partout, sur les légumes, la viande, dans les salades.

ET LES FRUITS ROUGES ? ONT-ILS LES BIENFAITS QU’ON LEUR PRÊTE CONTRE LE CANCER ?

Les fraises, les framboises, les cassis et les myrtilles aussi contiennent des substances anti-cancérogènes, notamment l’acide ellagique. Ils sont aussi riches en vitamine C, qui favorise l’absorption du calcium et donne aussi de l’énergie, dont on manque souvent quand on souffre d’un cancer.

EST-CE QUE VOUS MODULEZ L’ALIMENTATION SELON LES CANCERS ? DOIT-ON MANGER PLUS OU MOINS DE CERTAINS ALIMENTS SELON QU’ON A UN CANCER DU SEIN, DE LA PROSTATE OU DU CÔLON ?

Je fais une différence entre les cancers digestifs et les autres. Le système digestif comprend le côlon, l’oesophage et l’estomac, mais aussi le foie, le pancréas ou la bouche. Pour les personnes qui ont un cancer colorectal, il faut peut-être éviter les crucifères s’ils déclenchent des gaz ou des diarrhées. Si le pancréas est touché, il faut faire attention aux sucres rapides, mais aussi aux graisses, qui le font trop travailler. Un cancer colorectal peut aussi déclencher une intolérance au lactose. Mais tout est une question de tolérance. Il arrive aussi que certains traitements chimiothérapiques demandent d’éviter le pamplemousse.

POUR LE CANCER COMME POUR D’AUTRES MALADIES, LES PATIENTS SE RENSEIGNENT AUJOURD’HUI AVANT MÊME D’ALLER VOIR UN SPÉCIALISTE. EST-CE QUE LES INFORMATIONS QU’ON TROUVE SUR L’ALIMENTATION ET LE CANCER POSENT DES PROBLÈMES POUR VOTRE TRAVAIL ?

Il est vrai que souvent, quand je les rencontre, les personnes qui ont un cancer sont déjà très documentées. Parfois, elles pensent aussi savoir ce qu’il leur faut. Mon travail consiste alors souvent à convaincre d’être moins restrictif. Mon maître-mot, c’est de continuer à se faire plaisir et de ne pas oublier le côté visuel dans l’alimentation. Si vous associez du riz avec un fenouil et du poulet, c’est trop terne, vous n’aurez pas envie de manger. Vous n’aurez pas non plus une bonne variété de nutriments. Si vous variez les couleurs, vous aurez ce qu’il faut dans votre assiette. Il ne faut pas oublier que le plaisir de manger se prend à moitié avec les yeux.

Pierre-Louis Chantre

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