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Pierre Hösli, pour une oncologie de proximité

Membre du comité de la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC) pendant de nombreuses années, Pierre Hösli exerce à Yverdon. Dans son cabinet intégré au site d’Yverdon des Établissements hospitaliers du Nord vaudois (eHnv), il défend une oncologie généraliste proche des patients et attentive à tous les aspects périphériques du cancer.

Si le monde était conforme à ses voeux, Pierre Hösli soignerait ses patients avec des livres. Il leur prescrirait par exemple des poésies françaises. Lisez quelques pages de Ronsard et prenez une dose de René Char tous les matins. « Pratiquer la médecine avec de la littérature, ce serait génial », dit l’oncologue, l’oeil rieur. On trouve d’ailleurs un recueil de poèmes choisis par Jean d’Ormesson dans la salle d’attente de son cabinet : « Les patients l’ont tellement pris en main qu’il a fini par être complètement démoli. »

UNE ONCOLOGIE HUMANISTE

Cette anecdote peut paraître secondaire, mais elle exprime bien la manière singulière dont Pierre Hösli aborde sa profession. Comme dans tout cabinet d’oncologie, ses patients reçoivent les traitements de chimiothérapie et d’immunothérapie les plus récents dont ils ont besoin. Aucun risque qu’il y prescrive un quelconque traitement ésotérique, ni qu’il ait recours aux médecines alternatives dont il n’est « absolument pas un adepte ». L’oncologue reste clairement fidèle aux méthodes dont la science et la pratique ont prouvé l’efficacité. Il suit aussi de près l’évolution des traitements, notamment les progrès de l’immunothérapie. Mais à cette rationalité scientifique, il ajoute une forme d’humanisme qui donne à son exercice de la médecine une couleur bien à lui.

Lorsque Pierre Hösli installe son cabinet à Yverdon au début des années 2000, il n’y a encore aucun oncologue dans la région. « J’étais le premier », se rappelle-t-il en se souvenant avec plaisir d’avoir été accueilli « de façon très positive. Il y avait un vrai besoin. » Le fait est qu’à ce moment-là, en Suisse romande, les oncologues se regroupaient le plus souvent près des établissements hospitaliers de Genève et Lausanne. En s’installant à quelques kilomètres d’Orbe, où il a vécu son enfance, Pierre Hösli a retrouvé ses racines vaudoises après avoir longtemps travaillé au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Mais s’il a décidé de se poster à distance des centres lémaniques, c’est aussi pour développer une oncologie qui correspond à sa personnalité comme à sa manière d’aborder le traitement du cancer.

UN BESOIN DE LIBERTÉ

À Genève et Lausanne, les deux grandes institutions hospitalières traitent de plus en plus le cancer dans des structures dédiées à un seul organe. On trouve au CHUV et aux HUG un centre du sein, de la prostate ou du poumon. Dans ces entités où les médecins travaillent en réseau d’experts, les oncologues se voient obligés de se spécialiser toujours davantage. En développant une compétence de généraliste dans un cabinet privé situé à côté d’un hôpital public régional, Pierre Hösli s’est mis à l’écart de ce mouvement : « Dans un hôpital universitaire, une fois que vous êtes entré dans une spécialisation, vous ne pouvez plus revenir en arrière. » Il en allait d’un besoin personnel de liberté, que l’oncologue juge « essentiel » dans sa démarche, mais aussi de la possibilité d’avoir une vision globale de la maladie. Sans contester la nécessité de développer des expertises, la distance que permet la position du généraliste lui paraît indispensable, notamment pour « confronter les savoirs et les expériences. Cette position de spécialiste généraliste répond au mieux aux besoins et attentes de la communauté que notre hôpital sert, la population comme les médecins référents. »

Mais à entendre Pierre Hösli parler de son métier, on comprend aussi que sa pratique d’oncologue généraliste s’apparente à celle du médecin de famille. Par sensibilité autant que par souci d’offrir des soins efficaces, il tient à entretenir avec ses patients une relation de proximité qui aille au-delà de leur problème de santé. « J’essaie toujours de prendre les gens dans leur globalité. » Il va même jusqu’à affirmer une posture qui, dans un domaine aussi complexe que celui du cancer, peut paraître surprenante : « La première chose que je fais, c’est d’écouter ce que veut la personne que j’ai en face de moi. Ensuite, j’essaie de m’y adapter. » Une écoute qui comprend aussi celle de la culture sociale de chacun et de son rapport à l’existence : « Même si les traitements proposés sont identiques, on n’aborde pas de la même manière un bûcheron, un avocat, un paysan ou une personne réfugiée. Chacun a une vie différente et une manière propre de réagir à la maladie comme au traitement ».

Nul doute que le long engagement de Pierre Hösli auprès de la LVC a été nourri par cette relation particulière à son métier. Sa sensibilité aux aspects périphériques du cancer l’a d’ailleurs récemment amené à s’engager dans le développement d’un programme de réadaptation, créé par la Ligue vaudoise contre le cancer, destiné à ceux qu’on appelle « les survivants ». Grâce aux traitements adjuvants qui empêchent des récidives, de plus en plus de personnes soignées vivent guéries ou avec la maladie en dormance. La question du retour à une vie normale se pose donc de façon toujours plus fréquente : « C’est un aspect que nous intégrons aujourd’hui dès le début du traitement. » Depuis quelques années, au CHUV et dans les régions comme au sein de la LVC, des groupes suivent un programme de remise en forme psychique et physique. Une manière, pour Pierre Hösli, de suivre les gens quelque temps encore après la fin des traitements. Et de prolonger le plaisir de leur relation.

Pierre-Louis Chantre

 

Crédit photo : Philippe Gétaz – philippegetaz.ch