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Ligue vaudoise contre le cancerActualitésActualités

Risques environnementaux : bon sens et gestes simples

Bisphénol A, phtalates, parabènes, nanoparticules… Le nom de ces substances revient souvent dans les médias et dans les conversations. Ces « ennemis invisibles » suscitent toute la palette des réactions humaines, de la paranoïa maladive au fatalisme passif. Professeure associée à l’EPFL, spécialiste du cancer du sein et des perturbateurs endocriniens, Cathrin Brisken propose une voie médiane : du bon sens et quelques gestes simples. Son message de prévention s’adresse particulièrement aux femmes.

Les agents et substances potentiellement cancérigènes présents dans notre environnement touchent tout le monde. C’est ce qui les distingue du tabac, de l’alcool ou de la sédentarité – responsables de bien plus de cancers, mais relevant de choix individuels. On peut décider d’arrêter de fumer, pas de respirer, de manger, de se laver.

« Les facteurs de risque environnementaux existent en effet partout », confirme Cathrin Brisken. « Dans nos emballages alimentaires, dans nos cosmétiques et parfums, dans les résidus de pesticides sur nos produits agricoles et même dans l’air que nous respirons. »

Leur omniprésence ne doit ni nous rendre paranoïaques ni nous paralyser, insiste la spécialiste. « Plutôt qu’analyser chacun de nos gestes en angoissant, adoptons-en quelques-uns – simples et concrets – pour limiter notre exposition. »

 

PRÉFÉRER LE NATUREL AU CHIMIQUE

Comment agir contre le bisphénol A et les phtalates se cachant dans les emballages, les boîtes de conserve, les récipients ? « Conservons nos aliments dans des contenants en verre ou en métal ! Surtout, évitons d’utiliser des contenants plastiques pour des aliments chauds et – encore pire – de les placer au micro-ondes : le plastique chauffé libère plus de substances chimiques. » Mêmes conseils pour l’eau : « En Suisse, celle du robinet est excellente. Nous la vendre en bouteilles plastiques est une absurdité, pour notre organisme comme pour l’environnement. »

Quid des phtalates et parabènes glissés dans les crèmes, shampoings et parfums ? Là encore, la chercheuse s’exprime sans détour : « Misons sur la simplicité. Pourquoi trois ou quatre produits pour se laver les cheveux quand un savon suffit ? On peut aussi privilégier des produits alternatifs, à la composition plus naturelle. »

Et pour notre alimentation ? « Si le budget le permet, préférer le bio. Pour réduire les résidus de pesticides, je conseille de très bien laver les fruits et les légumes ; moi, je les plonge trois fois dans l’eau. En mangeant du frais plutôt que de l’industriel, on limite aussi l’ingestion d’additifs et conservateurs chimiques aux effets encore mal connus, notamment des nanoparticules. »

 

FEMMES PLUS EXPOSÉES

Les femmes ont encore plus intérêt à suivre ces recommandations, souligne Cathrin Brisken. Parce que leurs seins sont les organes les plus fragiles face aux perturbateurs endocriniens, tels que le bisphénol A. « Ils sont les seuls organes qui se développent majoritairement après la naissance : ils évoluent à la puberté, changent à chaque cycle, mûrissent à chaque grossesse et se transforment encore à la ménopause. » Cette plasticité est guidée par les hormones, précisément ce qu’impactent les perturbateurs endocriniens. « Plus les glandes mammaires sont sollicitées, plus le risque qu’une cellule fasse une erreur et se transforme en cancer s’accroît. »

Cette vulnérabilité commence dès le stade embryonnaire. « Les perturbateurs endocriniens peuvent traverser le placenta et affecter les cellules qui formeront la glande mammaire. J’encourage donc toujours les femmes enceintes à réduire leur utilisation de maquillage, cosmétiques et plastiques. »

 

NE PAS ATTENDRE LA RÉGLEMENTATION

Très impliquée dans la prévention, Cathrin Brisken a consacré sa carrière à la recherche sur les hormones et le cancer du sein. Elle a notamment contribué à démontrer le lien direct entre exposition au bisphénol A et augmentation du nombre de cellules mammaires chez les souris. Elle a cherché à prouver la même causalité chez les femmes durant sept ans, mais s’est heurtée à une barrière méthodologique. « En milieu non contrôlé, impossible de mesurer le rôle du bisphénol A au milieu de ceux joués par les autres facteurs de risques – génétiques, comportementaux et environnementaux ! » Il serait en fait même compliqué de comparer des résultats avec une population « neutre », puisque « neuf personnes sur dix ont du bisphénol A dans leur sang ! »

Le grand nombre de facteurs et la complexité des expositions n’accélèrent bien sûr pas la mise en place de réglementations et d’interdictions protégeant les consommateurs. « Il y en a heureusement bien plus qu’il y a quelques décennies, mais elles continuent d’être freinées par les intérêts industriels et les lenteurs politiques. Il appartient donc à chacun d’entre nous de faire preuve de bon sens et de s’imposer un principe de précaution. »

Juste quelques gestes simples et concrets, sans angoisse ni paranoïa, répète Cathrin Brisken.

Des gestes à faire en se rappelant aussi que boire moins d’alcool, bouger plus et, surtout, ne pas fumer produiront un effet bien plus mesurable sur notre santé. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le tabac est responsable à lui seul de plus de 15 % des nouveaux cas de cancers dans le monde.

Propos recueillis par Nicolas Huber

 

Photo © EPFL/Alain Herzog