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Ligue vaudoise contre le cancerActualitésActualités

Reprendre les rênes de sa vie avec l’équithérapie

Une danse à trois. C’est ce qui vient à l’esprit lorsque l’on a la chance d’assister à une séance d’équithérapie. Maude, thérapeute, Léa, patiente en rémission, et Kandis, hongre islandais, accueillent les nouvelles venues comme elles semblent toujours le faire, avec naturel.

L’équithérapie est une discipline à part. Elle implique de la théorie mais aussi un ancrage dans ses sensations. Un rapport de force mais aussi de la douceur. De la tonicité dans son corps et du lâcher-prise. Le maître-mot ? L’équilibre. Vis-à-vis de soi-même, des autres et de son environnement.

Les premiers travaux, nous les devons à des psychomotriciennes. Lorsqu’elles étudient les forces du cheval pour accompagner un ou une patiente, elles sont ébahies par tout ce que ce noble compagnon peut apporter. Le sens du temps, de l’espace et du rythme, la capacité à prendre soin de soi donc des autres, la manière de créer une relation, de diminuer l’anxiété. Autant d’essentiels que le cancer peut abîmer.

Pour Léa, la quarantaine, l’équithérapie a changé sa vie. En 2022, cette amoureuse des grands espaces apprend qu’elle a un cancer. S’ensuivent une année de traitements, une opération conséquente puis de la chimiothérapie. Encore. Déclarée en rémission en 2023, Léa fait face à une réalité complexe : pour les autres, sa maladie, c’est fini. Mais pour elle, son corps n’est plus le même. Des séquelles émotionnelles se sont ancrées. La peur de la mort l’absorbe. La fatigue la cloue. Elle vit une forte décompensation qui la rend étrangère à elle-même.

Est-ce une petite voix surgie de son enfance qui lui murmure de faire de l’équithérapie ? Des dizaines d’années après avoir appris à monter à cheval, la voici qui se remet en selle lors d’un atelier à Saint-Cergue. À partir de ce jour, son esprit, son corps et son coeur se reconnectent. Elle découvre un espace de sécurité où le cheval l’accepte telle qu’elle est. Et où, après des mois à subir les traitements, les rendez-vous, les « il faut » et « vous devez », elle entend « tu peux ». Cette ancienne petite fille cérébrale et sage apprend à reprendre sa place, accompagnée par Maude, équithérapeute, qui a elle-même accompagné la fin de vie d’un proche atteint par le cancer. Cette femme d’une cinquantaine d’années, aux bons mots au bon moment, accueille les âmes ayant besoin de surmonter des difficultés psychologiques ou motrices dans un cabinet d’équithérapie et de psychomotricité à Bex.

Ce qui lui tient à coeur depuis ces 16 dernières années ? « Créer un espace de douceur. » Plus que quiconque, le cheval permet cela. Que ce soit pour se sentir portée, pour se reconnecter à sa respiration, retrouver une forme de liberté, de jeu aussi, ce compagnon de plusieurs centaines de kilos s’adapte.

 

UN TISSAGE À TROIS

Cet ajustement de l’un à l’autre, c’est le coeur et la spécificité de cette thérapie. L’émotion impacte le tonus, qui est la plus petite parcelle d’énergie dans le corps. Or, une séance d’équithérapie est un moment de communication tonico-émotionnelle entre un animal sensible et sécurisant, et un ou une patiente ayant besoin d’être alimentée. Tout est une question de transfert. Comme une musique à plusieurs. Avec, comme chefs d’orchestre, des équithérapeutes comme Maude. En une heure et demie, elle se met au pas du cheval pour comprendre dans quelle énergie il se trouve, prend le pouls de la patiente pour organiser une séance adaptée, et tisse un moment qui leur permettra d’aller vers le meilleur, ensemble.

 

COMMENT ÇA SE PASSE, UNE SÉANCE D’ÉQUITHÉRAPIE ?

Au début, Maude et la patiente vont chercher Kandis. L’air de rien, en passant le peigne dans la crinière, l’équithérapeute glane des informations sur l’état de la patiente. Pour Léa, arrivée anxieuse, avec des réveils d’insécurité et l’impression d’être figée, les mots sont clairs : « J’ai besoin de remettre de la vie et du mouvement dans mon corps. » Ces éléments permettent d’organiser la séance. S’ensuit une heure de chorégraphie avec Kandis où Maude demande à Léa d’obliger ce cheval de 350 kilos à « rester avec elle ». « Amuse-toi, Léa, mais en gardant ta place. Si tu recules, tu as perdu. »

Apparaissent alors des moments comme suspendus dans le temps. Les ébrouements de ce jeune cheval de 6 ans, qui a envie de jouer. Les petites ruades qu’il est content de faire. Kandis et Léa, avançant côte à côte. Lui, l’oreille toujours tendue vers elle, à la bonne distance. Elle, le regard alerte et le corps engagé. Des moments de détente où Léa lâche tout, ses tensions, ses ruminations mentales et le stick avec lequel elle oriente Kandis.

Et un final comme un point d’orgue, les yeux dans les yeux. Pendant lequel ce cheval, si impétueux au début, approche sa tête jusqu’aux mains de Léa, venant chercher lui aussi la douceur qu’il a su prodiguer.

De l’harmonie pure. Et si toutes les séances ne se ressemblent pas, celle-ci a la douceur d’une sucrerie. Kandis en islandais signifiant « bonbon », ce n’est pas un hasard !

Propos recueillis par Cécile Gruet

 

Photo © Philippe Gétaz