Tout commence en hauteur, dans un chalet d’alpage. Le couple travaille pendant 25 ans au Mont-de-Baulmes et accueille jusqu’à 100 personnes venues boire et manger après avoir profité du grand air. Elle, élevée à la campagne, énergique et sociable, travaille pendant 30 ans dans le service. D’abord pour ses patrons, puis pour elle-même après avoir, avec Claude, racheté ce lieu. Lui, ancien bûcheron aux journées de 10 heures, reconverti dans la cuisine et dans la gestion d’un chalet, activités toutes aussi solitaires et physiques. « Nous partageons le goût de l’effort et une chose est sûre, c’est qu’on est endurants au mal », expliquent-ils.
TENIR ET SE SOUTENIR
Cette résistance à la douleur va être mise à l’épreuve quand la maladie touche Claude. En 2012, des douleurs aux cervicales et aux lombaires le poussent à consulter. Quand on lui répond que « le mal du dos est la maladie du siècle » et qu’on lui prescrit des séances d’ostéopathie, il insiste pour avoir des radiographies. Les clichés sont transmis au CHUV et le verdict tombe : un myélome multiple a rongé une partie du squelette. Une moitié de la cervicale 1 manque. C’est un cancer chronique de la moëlle osseuse. Au chalet, où il n’y a pas d’internet, le Larousse médecine apprend au couple qu’une myélopathie, c’est « 5 ans d’espérance de vie, mortel dans tous les cas ». En juin, en plein service au chalet, Jocelyne reçoit un appel de la cheffe d’hématologie du CHUV : « Il faut que votre mari descende à Lausanne. Tout de suite. »
Il reviendra au chalet en septembre. Entre temps, ponction de moëlle osseuse, chimio d’attaque, attente d’un chirurgien acceptant de réaliser une opération risquée. Le diagnostic est posé le 19 juin, l’opération consistant à mettre en place une cage tenant la cervicale C0 jusqu’à la cervicale C2 a lieu le 1er août. Après l’intervention, Claude subit une autogreffe pour restaurer la moëlle osseuse. En 2013, Claude est de retour derrière les fourneaux. Pour plusieurs raisons, ce couple d’amour et d’acier doit tenir le chalet une année encore. C’est le moment de dire au revoir à ce lieu qu’ils ont aimé et aux habitués qui les encouragent avec leurs mots et leurs cadeaux. « On s’est sentis soutenus et cela nous a permis d’enclencher cette nouvelle phase », explique Jocelyne.
Début 2015, c’est le corps de Jocelyne qui se manifeste. Après des examens, elle apprend un soir par un coup de téléphone, qu’elle a un cancer de l’intestin. Son instinct se met en branle. Face au cancérologue qui déroule des statistiques de survie et lui laisse le choix pour la chimiothérapie, elle va voir un chirurgien en qui elle a confiance et lui pose une question décisive : « Si c’était votre femme, qu’est-ce que vous lui conseilleriez ? » Elle retourne ensuite voir son cancérologue pour accepter la chimiothérapie. Une opération suivra.
UNE ÉNERGIE VENUE D’AILLEURS
Quelque temps après, une cellule suspecte est détectée dans les reins. Le CHUV explique qu’il faut enlever un bout de l’organe. La force de vie de Jocelyne s’active à nouveau pour sauver son rein. « J’ai fait je ne sais combien de rendez-vous téléphoniques avec des urologues. » Finalement, elle demande au CHUV une cryo-ablation et de la radiothérapie par fréquence, et son rein restera intact.
Aujourd’hui, cela fait 14 ans que Claude est en rémission pour le myélome multiple. Et il prend la parole dans les groupes que la Ligue vaudoise contre le cancer organise. Un souffle d’espoir pour celles et ceux qui l’entendent. Jocelyne est elle aussi en rémission. D’autres difficultés de santé sont apparues mais le couple Bésuchet peut s’appuyer sur le même soutien qu’ils s’apportent depuis le début. « Comme on a l’habitude de ne pas souffler, on s’est battus », avance le couple. Une énergie qui s’explique par l’habitude de l’effort, certes. Mais aussi par la foi qui croît en Jocelyne quand sa fille aînée, enfant, risque de mourir après un grave accident de vélo. Et en Claude quand, au moment de faire sa première imagerie à l’hôpital, il se surprend à penser : « Seigneur, j’ai besoin de vous. »
LES LIENS DU SANG
Mais ce qui scelle le destin de ces deux âmes, c’est la famille qu’ils ont créée. D’abord leurs filles, Marine et Justine, élevées au chalet. Puis leurs petits-enfants, qui leur redonnent une âme d’enfant. Avec la naissance de Lucie il y a 11 ans, une nouvelle vie s’est ouverte. « Aujourd’hui, notre projet de vie, ce ne sont plus les voyages que l’on a pu faire. C’est d’être là pour les autres et de voir grandir notre famille. »
Une lumière qui, à en juger par la chaleur de l’accueil pour cet entretien, s’est diffusée au sein de la famille.
Propos recueillis par Cécile Gruet
Photo © Philippe Gétaz
