Rien ne destinait forcément Claudia Freymond à devenir l’un des visages de la prévention solaire vaudoise. Assistante en pharmacie depuis plus de quarante ans, mère de trois filles, monitrice de gym et de natation, son engagement est né d’un constat simple : trop d’enfants étaient encore exposés au soleil sans protection. « Chaque lundi, à la pharmacie, des parents venaient acheter des crèmes contre les coups de soleil. Et à la piscine, je voyais des enfants en plein soleil, sans ombre, sans vêtements. Je me disais que ce n’était pas possible de ne rien faire pour éviter ce genre de comportement ! »
De cette indignation est née une intuition. Pour faire bouger les comportements, il fallait parler directement aux enfants, avec des mots simples, des images, des histoires. Claudia Freymond commence alors bénévolement dans les écoles, avec ses propres supports, ses dessins et ses personnages. Quelques années plus tard, la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC) lui ouvre ses portes. « Aujourd’hui encore, je suis heureuse de me dire qu’avec mes petits panneaux, mes oursons et mes histoires à hauteur d’enfant, je fus à l’origine des premières animations de prévention solaire. »
PARLER AUX ENFANTS SANS FAIRE PEUR
La force de Claudia Freymond est d’avoir compris très tôt qu’on ne sensibilise pas un enfant avec un discours abstrait. Avec les plus petits, elle ne brandit pas la peur. Elle raconte, elle fait observer, elle questionne. La peau qui rougit, les yeux qui plissent, la brûlure qui fait mal. L’enfant part d’une sensation concrète, d’une scène qu’il peut imaginer, comme une journée au bord du lac, une sieste au soleil ou encore un coup de chaud. « Les enfants comprennent très bien quand on part de leur corps : qu’est-ce qui protège tout autour de nous ? La peau. Qu’est-ce qui se passe quand elle brûle ? Elle fait mal, elle devient rouge, elle est abîmée. »
Dans le monde des plus jeunes, le mot cancer n’existe pas. L’essentiel est ailleurs : « Il faut ancrer des réflexes. La crème solaire ne remplace pas la prudence. Chercher l’ombre, porter un t-shirt, un chapeau et des lunettes sont des réflexes essentiels. Et rappeler sans cesse que mieux on se protège, moins on dépend de la crème. Surtout, la crème solaire ne doit jamais servir d’excuse pour s’exposer en plein midi. »
DES PETITS AMBASSADEURS À LA MAISON
Au fil des années, Claudia Freymond a vu les mentalités évoluer. Les enfants arrivent souvent avec davantage de repères, les vêtements anti-UV sont plus courants, certaines habitudes ont changé. Mais la prévention reste, selon elle, « un éternel recommencement ». Ce qu’elle préfère, pourtant, c’est lorsque l’enfant devient lui-même un ambassadeur. « La prévention circule bien au-delà de la salle de classe. Mais pour cela, il faut que l’enfant puisse rentrer à la maison avec quelque chose dans le cartable ou sur la tête… Un chapeau, un dessin, une histoire. Cela provoque la discussion pendant le repas, ce qui permet aussi une prévention indirecte auprès des parents. »
Claudia Freymond se souvient avec bonheur de ces élèves qui la croisent des mois plus tard dans une cour d’école et viennent lui lancer fièrement : « J’ai mis ma casquette ! » ou « Je n’ai pas eu de coup de soleil ! » Pour elle, ces petites phrases valent tous les indicateurs du monde.
UNE PRÉSENCE FIDÈLE SUR LE TERRAIN
L’engagement de Claudia Freymond ne se limite pas aux salles de classe. On la retrouve aussi sur les stands de prévention, lors de manifestations sportives, au contact des familles, des jeunes, des sportifs amateurs. Autant d’endroits où elle va vers les gens, engage la conversation, distribue des conseils. « Notre but n’est pas de faire peur. Il faut dédramatiser, expliquer, donner des repères. Le soleil est important, il fait du bien, mais pas n’importe comment. »
Depuis près de vingt ans à la LVC, Claudia Freymond est restée fidèle à cette mission avec une constance remarquable. Parce qu’elle y retrouve ce qui l’anime depuis le début : le contact humain, la transmission et le sentiment d’être utile. « J’ai besoin de diversité, de contacts, de faire quelque chose qui ait du sens. J’adore les enfants, j’aime transmettre, et je me dis que si un message simple peut éviter des coups de soleil et des problèmes plus tard, alors ça vaut la peine. »
Dans un domaine où les résultats ne se mesurent pas toujours immédiatement, Claudia Freymond incarne une prévention patiente, constante et obstinée. Une prévention qui commence tôt, se répète souvent et laisse une empreinte durable. Et de conclure : « Les meilleurs gestes de protection sont ceux qu’on apprend enfant, et que l’on n’oublie jamais. »
Propos recueillis par Daniel Abimi
Photo © Philippe Gétaz
