krebsliga_aargaukrebsliga_baselkrebsliga_bernkrebsliga_bern_dekrebsliga_bern_frkrebsliga_freiburgkrebsliga_freiburg_dekrebsliga_freiburg_frkrebsliga_genfkrebsliga_glaruskrebsliga_graubuendenkrebsliga_jurakrebsliga_liechtensteinkrebsliga_neuenburgkrebsliga_ostschweizkrebsliga_schaffhausenkrebsliga_schweiz_dekrebsliga_schweiz_fr_einzeiligkrebsliga_schweiz_frkrebsliga_schweiz_itkrebsliga_solothurnkrebsliga_stgallen_appenzellkrebsliga_tessinkrebsliga_thurgaukrebsliga_waadtkrebsliga_wallis_dekrebsliga_wallis_frkrebsliga_zentralschweizkrebsliga_zuerichkrebsliga_zug
Ligue vaudoise contre le cancerSoutenir la LVCNotre journalVanessa Iacobelli, le don d'une énergie vitale

Vanessa Iacobelli, le don d'une énergie vitale

Vanessa Iacobelli, assistante sociale à la LVC

Assistante sociale de la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC), hébergée dans le Service d’oncologie ambulatoire du CHUV, Vanessa Iacobelli accomplit de multiples tâches pour les proches aussi bien que pour les malades. Portrait d’une jeune femme-orchestre.

«J’essaie de leur amener du souffle.» Lorsqu’on lui demande quels sont les services qu’elle offre en tant qu’assistante sociale, Vanessa Iacobelli mentionne des tâches très diverses, qui font toutes partie de son quotidien : apporter une aide administrative pour les démarches auprès des assurances sociales, se pencher sur les contrats de travail en cas de licenciement, accompagner la reprise progressive d’un emploi, offrir une oreille attentive…

Mais à l’écouter parler de ses relations avec les personnes qui viennent la consulter dans son bureau sis au CHUV, on sent clairement que son action va bien au-delà. À des malades qu’elle voit souvent arriver «très à plat», la jeune femme tente de transmettre aussi – et peut-être avant tout – un flux d’énergie fondamentale. Les anciens Grecs disaient que le souffle était l’essence de l’âme et de la vie.

CONSCIENCE ET CONFIDENCE

Depuis qu’elle est arrivée au CHUV en 2013, fraîche émoulue de ses études à la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne (HETSL), Vanessa Iacobelli a traité plus de 440 dossiers. Ce volume représente, en moyenne, 70 patients par année, auxquels il faut encore ajouter les proches, qui font aussi partie des personnes dont elle assure le suivi.

Et si certaines situations ne demandent que quelques coups de téléphone, d’autres impliquent un travail de longue haleine. Vanessa Iacobelli se rappelle cette mère de famille monoparentale et dont «la situation était d’emblée palliative». Aider les parents âgés à lui rendre visite depuis l’étranger, initier les démarches pour la naturalisation du fils aîné, organiser le suivi des devoirs du cadet, mais aussi assister à la péjoration inexorable de l’état de santé de cette femme, l’encourager dans les projets qu’elle fait malgré tout, recueillir dans les derniers moments le récit de sa vie et de ses volontés pour ses enfants... Une aventure humaine très dense en démarches comme en «rebondissements», et qui a duré quatre ans.

Dans un tel cas, par la force des choses, l’assistante sociale se retrouve «au centre de la famille». Elle joue le rôle de confidente et de ciment relationnel. Elle empêche que tout ne se délite face aux conséquences délétères de la maladie, les amis qui s’éloignent, les assurances sociales qui imposent leur paperasserie, les traitements successifs qui épuisent.

Et puis, selon les cas, la jeune femme incarne une forme de conscience. Lorsqu’elle voit que la personne malade s’enferme dans un trop grand déni, elle prend parfois l’initiative d’aborder un sujet délicat : «Quand je sens que c’est possible, je demande de réfléchir à ce qu’il faudrait faire, si les choses tournaient mal.»

Tous les cancers ne vont pas au pire bien sûr, mais avec le temps et l’expérience, Vanessa Iacobelli voit mieux venir certains risques. Elle prend alors sur elle d’évoquer la possibilité du pire et de rappeler à tel patient qu’autour de lui se trouvent des personnes qui, peut-être, vont se retrouver du jour au lendemain dans le vide. La douleur et la détresse ne doivent pas empêcher de penser à l’avenir de ses proches.

ACCOMPAGNER ET DONNER UN PEU DE CHALEUR

C’est d’ailleurs cette dimension, particulière à son poste, qui a convaincu Vanessa Iacobelli de répondre, il y a sept ans, à une annonce de la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC) : «L’accompagnement des proches figurait en haut de la liste des tâches propres au poste d’assistante sociale», se rappelle-t-elle. «C’est la première chose que j’ai vue, et qui m’a tout de suite intéressée.»

Le fait est qu’à la LVC, le soutien social continue encore deux ans après un éventuel décès. Soulager des tracasseries financières, informer des règles successorales, trouver des aides financières privées (notamment auprès de la LVC), orienter vers des cours de français si nécessaire et en même temps, être à l’écoute pour «accompagner la tristesse».

Quand on s’étonne d’un tel éventail de tâches, la jeune femme rappelle que son travail se situe «dans le psychosocial», un terrain multiple par nature. Mais quand même, de quel talent faut-il être doté pour jongler avec autant de dimensions à la fois ? «J’ai toujours eu le contact facile», explique-t-elle simplement. Mais encore ? «J’adore organiser.» Comparer le prix des vols, recueillir les disponibilités pour fixer le jour d’une fête, s’assurer d’avoir une table au restaurant : au sein de ses amis ou de sa famille de trois frères et sœurs, c’est elle qui prend spontanément ce genre de choses en mains.

FAIRE LE MAXIMUM

Reste tout de même la question que tout le monde se pose, devant un métier quotidiennement confronté à la maladie, à la détresse, à la mort. «On me demande souvent si c’est dur... Je ne trouve pas tant que ça.»

L’accompagnement des patients ne représente en tout cas pas «la partie la plus difficile ou épuisante du travail», bien au contraire. Des personnes dont elle s’occupe, elle reçoit le plus souvent autant de gentillesse que de leçons de vie : «Les patients m’apprennent à relativiser, à profiter de l’instant présent, à prendre soin de soi, à ne pas trop travailler.»

Et lorsqu’il y a un trop-plein d’émotions, les discussions avec ses collègues au sein de la LVC – 18 assistants sociaux hébergés dans divers établissements hospitaliers vaudois – permettent de prendre un peu de distance. Il arrive en revanche qu’il y ait «des jours plus difficiles que d’autres», notamment à cause du système social suisse, «dont les lois ne sont pas toujours adaptées à la réalité des gens».

Face à une maladie «qui peut faire basculer des situations en très peu de temps», certaines assurances «travaillent au ralenti». Dans certains cas, leur soutien est si lent que les personnes s’en vont avant d’avoir reçu le premier centime. La fatigue, le découragement, la colère aussi, pointent alors leur nez jusqu’au moment où, devant des forces qui nous dépassent, «il faut réussir à se dire qu’on a fait le maximum». Et reprendre son souffle.

Propos recueillis par Pierre-Louis Chantre