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Ligue vaudoise contre le cancerSoutenir la LVCNotre journalIl y a une vie pendant et après le cancer

Il y a une vie pendant et après le cancer

Aujourd’hui, 7 personnes sur 10 peuvent espérer survivre au cancer. À tous les stades de la maladie, l’activité physique peut avoir un effet protecteur, et certaines études suggèrent même un possible bénéfice de l’activité physique sur le risque de récidive. Combiné avec un encadrement psychologique, des programmes de réadaptation oncologiques innovants voient le jour. 

Ce matin, Julie (prénom d’emprunt) a la banane, comme on dit. Il fait un temps magnifique sur la rade du Rowing-Club Lausanne (RCL) et c’est son premier jour dans le programme d’aviron adapté Ramer en Rose. Elle ne connaît rien de l’aviron, mais après à peine une heure de briefing, la voilà sur le lac à ramer sur un petit surf-skiff d’apprentissage.

Julie a été diagnostiquée d’un cancer du sein quelques semaines auparavant. Et si elle est là aujourd’hui, c’est «pour ne pas être trop prise dans la maladie», dit-elle. C’est un fait que désormais personne ne conteste : mener une activité physique adaptée est bon pour le moral et aide à supporter les effets secondaires des traitements oncologiques.

SE SENTIR MOMENTANÉMENT LIBÉRÉE

Ramer en Rose est né de cette idée, en particulier d’une intuition de la doctoresse Stéphanie Ghavami. En suivant des cours d’aviron loisirs, elle a été tellement enthousiasmée par la sensation de liberté que lui procurait le fait d’être sur le lac, qu’elle a soudain ressenti «je suis dans un endroit qui n’a vraiment plus rien à voir avec ma maladie». C’était décidé : quelque chose de cet ordre devait être fait pour les femmes atteintes d’un cancer du sein. Complices à la ville comme à la scène, le docteur Jean-Pierre Gervasoni et le directeur des soins à la retraite Pierre Weissenbach furent parmi ses compagnons de route et se souviennent d’elle comme d’une «très belle personne, avec une forte personnalité» qui, grâce à son énergie, a vécu bien plus longtemps que tout ce qu’on avait pronostiqué par rapport à la forme de son cancer. Ils sont aujourd’hui les principaux entraîneurs dans le programme qui a débuté en mai 2018 et qui a déjà formé plus de 80 femmes. À ce jour trois autres clubs d’aviron (Vésenaz, Yverdon, Neuchâtel) ont rejoint Ramer en Rose.

POUVOIR REPRENDRE CONFIANCE EN SOI

Jean-Pierre Gervasoni et Pierre Weissenbach en sont convaincus : le programme n’est pas qu’une formule de réadaptation sportive originale, c’est aussi une activité qui doit servir de tremplin pour l’après. Mais subsistent souvent longtemps les angoisses en lien avec la récidive. Pour Anne Lagger, infirmière spécialisée en oncologie et coordinatrice du programme de réadaptation oncologique de la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC), le spectre de la maladie n’est jamais vraiment loin. «L’encadrement psychologique est donc tout aussi important que l’activité physique et les programmes de réadaptation visent désormais à combiner les deux.»

LA FIN DU TRAITEMENT : UN CAP DÉLICAT À PASSER

Anne Lagger a accompagné bon nombre de patients dans leur parcours et elle comprend bien leur ressenti. «Lorsqu’on nous annonce un cancer, c’est extrêmement dur. Ça nous renvoie à notre souffrance, à notre propre finitude. En revanche, paradoxalement, on est très entouré : il y a une équipe médicale, une équipe soignante, des radiologues, des assistants sociaux et un entourage qui se mobilise fortement.» Le docteur Pierre Hösli, oncologue et lui aussi précurseur du concept de réadaptation oncologique dans le canton de Vaud, abonde dans ce sens : «Pendant le traitement, on est pris dans le tumulte des soins et l’emploi du temps est particulièrement chargé, avec des repères spatio-temporels certes désagréables, mais très précis : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie… Puis un jour tout s’arrête, c’est souhaité. Le but des soignants, c’est d’intervenir pour remettre le patient sur pied, pour lui permettre de repartir libre et indépendant.»

La fin du traitement est donc souvent un moment difficile. Le patient peut se sentir un peu déprimé par ce soudain vide et le fait de devoir désormais voler de ses propres ailes. «Penser à la réadaptation aussi tôt que possible, y compris pendant le traitement, c’est comme aménager la piste d’atterrissage de l’après-maladie.» Pierre Hösli s’en fait l’avocat : il faut se préparer à cela dès le début.

ENFIN UN PROJET PILOTE DANS LE CANTON DE VAUD

Hormis les initiatives isolées telles que Ramer en Rose, aucun programme structuré n’existait jusqu’ici dans le canton de Vaud. C’était une case qui manquait dans la checklist du parcours de soins. Depuis septembre 2020, la LVC, en collaboration avec le CHUV et les Établissements hospitaliers du Nord vaudois (eHnv) à Yverdon, a lancé un programme de réadaptation ambulatoire pour 16 patients oncologiques, avec 9 semaines d’activités collectives et individuelles visant à améliorer l’état de santé des patients après un cancer et favoriser la reprise de leur activité. Le programme n’est pas léger et demande passablement de mobilisation, avec 3 séances par semaine : activité physique adaptée, diététique, hypnose et suivi psychologique par un thérapeute spécialisé. «Traverser une maladie comme le cancer, ce n’est vraiment pas anodin. Impossible de dire qu’on va revenir comme avant, la maladie aura laissé son empreinte. Mais on aura évolué», précise Anne Lagger. Son rêve ? C’est que le terme rentre rapidement dans le langage commun de la prise en charge des maladies oncologiques. «On traite ET on réadapte !» Et la clé du succès, c’est le groupe. «Il y a une réelle émulation entre participants», témoigne Anne Lagger avec enthousiasme. «Une des participantes n’était pas en grande forme la semaine passée, mais elle a été encouragée par le groupe. Puis, cette semaine, elle allait bien et c’est elle qui a encouragé une autre participante.» Pour Anne Lagger, c’est une évidence : le groupe s’autosoigne.

Darcy Christen 

Pour plus d’informations
> sur le programme de réadaptation oncologique de la LVC : anne.lagger@lvc.ch
> sur Ramer en Rose : ramerenrose@rclausanne.com