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Ligue vaudoise contre le cancerActualitésActualités

Anne Lagger, du côté de la lumière

Anne Lagger, c’est la personne ressource de la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC) qui a mis sur pied le premier programme de réadaptation oncologique en Suisse et au-delà. C’est une infirmière qui a accompagné le passage de bon nombre de personnes vers de nouvelles étapes. C’est surtout un pilier de lumière. Un mètre septante-cinq de force et de compréhension, les yeux bleus, gris ou verts. En tout cas, des yeux qui éclairent les autres et les enrobent avec chaleur.

D’abord, Anne est sage-femme. Le mot qui guide sa manière d’accompagner les femmes dans leur maternité ? Confiance. En amenant les femmes à se faire confiance, à faire confiance en leur corps et en leur bébé, Anne les encourage à puiser leurs forces en elles et autour d’elles. Elle perfectionne ensuite son savoir auprès de sages-femmes fuyant l’ex-Yougoslavie. Des femmes ayant vécu la perte et le devoir de s’adapter à un monde qui change. La médicalisation grandissante des grossesses et les pratiques tendant vers plus de contrôle l’éloignent de ce qui la fait vibrer, la vraie nature des gens. Mais elle retrouvera l’authenticité qu’elle recherche en prenant un virage.

 

UN MONDE OÙ LES MASQUES TOMBENT

Le cancer, Anne le trouve sur son chemin lorsqu’il interrompt celui de sa mère. Cette coupure du fil de la vie sera pourtant un chemin en soi. Jalonné par des rencontres avec des professionnels de santé qui l’entourent d’humanité, il amène Anne à pivoter.

Cette femme qui a pu accompagner sa maman jusqu’au bout et qui élève deux enfants, puise de la force en elle pour commencer un Certificate of Advanced Studies (CAS) en oncologie et soins palliatifs. Une plongée dans l’inconnu et dans tout un vocabulaire nébuleux. Mais aussi dans un monde où les patients rient beaucoup, où l’autodérision a une place. Et où les masques tombent. « Les personnes atteintes par le cancer ne peuvent pas tricher. On ne se raconte plus d’histoires quand il est question de traitement long, de qualité de vie, de l’éventualité de la mort. » Convaincue que la naissance est comme la mort, un passage, elle explique avec sagesse : « Que l’on soit là au début ou à la fin, c’est la même chose. » Pour Anne, en quête de ce qui est vrai, cela résonne.

 

ACCOMPAGNER L’APRÈS-CANCER

Comme toujours dans sa vie, son implication sera totale. Sur une idée de la directrice de la Ligue vaudoise contre le cancer (LVC), elle met sur pied le premier programme de réadaptation oncologique connu. Objectif ? Combler un trou dans la raquette, le monde de l’après-cancer. Celui dans lequel 5000 personnes entrent chaque année dans le canton.

Pour accompagner ces survivants qui doivent retrouver une vie normale après avoir vécu l’anormal, elle se plonge dans la littérature scientifique et s’entoure de spécialistes. Résultats ? Un accompagnement sur mesure permettant à 65 personnes chaque année de retrouver leur place et l’estime d’elles-mêmes. Un projet pilote avec l’Association
vaudoise d’aide et de soins à domicile (AVASAD) pour apporter autrement du soutien à domicile et de manière plus maillée à l’échelle du canton. Et le lancement du premier programme de réadaptation pensé pour les hommes, nombreux à être touchés par le cancer mais absents de ce type de démarches. Ce nouvel accompagnement leur est dédié ; l’histoire dira s’ils auront réussi à dépasser leurs émotions ou appréhensions pour passer le pas de la porte.

 

UNE NOUVELLE CORDE À SON ARC

Au fil des années, Anne rencontre un nouveau compagnon de route : l’impuissance. « J’écoutais beaucoup de patients et j’étais démunie. Nous, les soignants, nous cherchons à trouver des solutions. Et je ne savais pas toujours quelle réponse donner », explique-t-elle. Alors, pour obtenir des réponses et apprendre à donner un autre espace au patient, Anne se lance, vers le début de la cinquantaine, dans un CAS en psycho-oncologie dirigé par le professeur Friedrich Stiefel, chef du Service de psychiatrie de liaison du CHUV. La compréhension des effets psychosociaux du cancer, la communication avec les patients et les proches, et la gestion de ses propres difficultés sont à l’honneur. De même que les supervisions individuelles et collectives. Une fois formée en psycho-oncologie, cette sage-femme spécialisée en oncologie et en soins palliatifs qui ouvrait déjà son coeur comme personne, accorde désormais une attention d’une autre dimension à celles et ceux qui ont besoin de déposer. Parce qu’il s’agit parfois juste d’être là. Et par ce qu’elle sait que la réponse appartient au patient. Aujourd’hui, Anne espère continuer à accompagner les patients du mieux qu’elle peut avant sa retraite, dans six ans. En disant pouvoir toujours compter sur l’équipe de la LVC. Et en apprenant à lâcher le terrain sans lâcher les patients.

Rédaction : Cécile Gruet