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Ligue vaudoise contre le cancerSoutenir la LVCNotre journalSavoir prendre soin de ses dents

Savoir prendre soin de ses dents

Le docteur Olivier Marmy est médecin-dentiste à Lausanne. Il est spécialiste en médecine dentaire reconstructive et membre du comité central de la Société suisse des médecins-dentistes (SSO).

Lorsqu’on pense cancer et effets secondaires, on imagine communément la perte de cheveux. On oublie parfois que les traitements peuvent aussi avoir des effets sur la dentition. D’où l’importance d’y accorder de l’attention assez tôt pour prévenir des dégâts dentaires qui seront regrettés plus tard. Décryptage avec le docteur Olivier Marmy, médecin-dentiste à Lausanne.

POUR UNE PERSONNE ATTEINTE DE CANCER, QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES POSSIBLES POUR SES DENTS ?

En principe, un cancer n’a pas directement de conséquences sur les dents, sauf si bien sûr il s’agit d’un cancer de la cavité buccale. J’y reviendrai. Pour les cancers en général, ce sont surtout des conséquences indirectes. Certains traitements peuvent notamment entraîner une sécheresse buccale et donc rendre la santé dentaire moins bonne sur le long terme, avec un risque de caries bien plus élevé que dans une bouche avec une salivation normale.

Puis, il y a les cancers de la cavité buccale elle-même, qui peuvent concerner directement les structures dentaires ou osseuses de la mâchoire, dont le traitement peut entraîner parfois des interventions chirurgicales hélas assez mutilantes.

EST-CE QU’UN CANCER DES DENTS EXISTE ?

Non, pas un cancer des dents, mais on pourrait avoir un cancer des gencives, un cancer de la langue ou un cancer de l’os maxillaire ou mandibulaire. Ce n’est vraiment pas une partie de plaisir, encore moins au niveau émotionnel. C’est avec la bouche qu’on mange, qu’on a du plaisir, qu’on communique, qu’on s’embrasse. C’est lourd ! L’impact peut être comparable à l’ablation d’un sein.

REVENONS AU CANCER EN GÉNÉRAL. AU MOMENT DU DIAGNOSTIC DE CANCER, Y A-T-IL QUELQUE CHOSE À QUOI IL FAUT ÊTRE PARTICULIÈREMENT ATTENTIF ?

Le rôle du médecin-dentiste, lorsqu’un cancer est diagnostiqué et qu’un traitement oncologique est planifié, c’est d’effectuer un bilan dentaire avant le début du traitement. Le premier problème est la pression du temps. Là, il faut bien le dire aussi comme une forme d’autocritique : le médecin-dentiste de la ville peut parfois manquer de souplesse en raison d’un agenda déjà bien rempli. Ça veut dire peut-être qu’il va donner le rendez-vous dix ou quinze jours plus tard, alors que pour l’oncologue, c’est trop long. En général, les traitements oncologiques sont planifiés dans des délais très courts, quelques jours, voire une semaine. Il faut donc une réactivité et le dentiste de la ville ne doit pas hésiter à travailler avec les centres spécialisés notamment. Par exemple au CHUV à Lausanne, il y a le Centre de médecine dentaire et orale. Il est organisé pour faire un tel bilan pratiquement dans les deux ou trois jours.

Puis, il y a un autre problème. Le patient, à ce moment-là de son parcours, n’a vraiment pas envie de s’occuper de ça. Tout lui tombe déjà sur la tête. Mais il faut absolument le faire !

POURQUOI EST-CE SI IMPORTANT ?

Ne serait-ce déjà que pour des raisons d’assurance. L’assurance obligatoire des soins prend en charge les coûts des soins dentaires s’ils sont occasionnés par une maladie grave ou ses séquelles, ou encore s’ils sont nécessaires pour traiter la maladie grave ou ses séquelles. C’est ancré dans la Loi fédérale sur l’assurance-maladie, la LAMal et son article 31. L’OPAS, soit l’Ordonnance sur les prestations de l’assurance des soins, précise à la lettre c de l’article 19 : «L’assurance prend en charge les soins dentaires nécessaires pour réaliser et garantir les traitements médicaux lors d’une radiothérapie ou d’une chimiothérapie d’une pathologie maligne». Il faut absolument faire cet état des lieux avant de le signaler à l’assurance. Ça garantit les droits du patient.

Mais il y a une autre raison, celle de la collaboration entre le dentiste et l’oncologue. On met en place le suivi pendant le traitement, on anticipe également l’après-traitement, pour permettre la réhabilitation le moment venu. Le dentiste doit pouvoir rapidement lui envoyer un rapport. Moi, j’ai par exemple un formulaire exhaustif de recherche de foyers que je remplis avec toutes les rubriques : gencives, os qui tient les dents, tissus mous, muqueuses, dents, caries, traitements de racines, constatations cliniques, constatations radiologiques, etc.

Avant la chimiothérapie également, il faut faire un bilan, car une chimiothérapie peut induire ou réveiller des infections dormantes. Une recherche de foyers doit être faite et les foyers actifs éradiqués. À un moment donné, l’oncologue doit pouvoir se dire avec confiance : «Ok, maintenant, c’est bon. De ce point de vue-là, c’est réglé.»

UNE FOIS LE BILAN DENTAIRE EFFECTUÉ, LE TRAITEMENT ONCOLOGIQUE PEUT ALORS COMMENCER ?

Oui, et c’est aussi là que la collaboration dentiste-oncologue revêt toute son importance. C’est une question d’évolution philosophique, mais aussi d’évolution des techniques oncologiques. Par exemple, la radiothérapie permet aujourd’hui de cibler une tumeur buccale avec une grande précision. Cela veut dire que tout ce qui se trouve autour peut être conservé. On peut donc anticiper avec le radiothérapeute : «Épargne-moi ce coin s’il te plaît, parce que là-bas, j’aimerais bien mettre un implant plus tard.» On a désormais des approches beaucoup plus fines si on travaille ensemble.

Le suivi du dentiste pendant le traitement est aussi important compte tenu des conséquences de la chimiothérapie sur la modification de l’immunité et de la flore : l’apparition d’une mucite, soit une inflammation des muqueuses. C’est extrêmement inconfortable et induit un cercle vicieux parce que l’entretien buccal devient alors difficile et douloureux. L’utilisation des brosses à dents, notamment, s’avère pénible et le patient a tendance à ne plus s’en servir, ce qui aggrave encore le problème. La mucite se traite par un nettoyage professionnel, autant que nécessaire durant la phase aiguë. Et cette prestation est couverte par l’assurance.

ET APRÈS, UNE FOIS QUE LA MALADIE EST DERRIÈRE, QUE PEUT-ON FAIRE ?

L’idée, c’est de restaurer la capacité fonctionnelle masticatrice. La plupart du temps, on va vers des approches assez simples de type prothèses amovibles. Il est rare qu’on arrive à des solutions de prothèses fixes.

On va tout faire pour redonner au patient l’envie de sourire. Parce qu’il y a une vie après le cancer, il y a le retour du confort, le retour du plaisir, le retour de la joie de vivre et de la qualité de vie. Tout ceci passe aussi par une dentition efficace et jolie.

Propos recueillis par Darcy Christen