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Ligue vaudoise contre le cancerNotre journalDavid Rodriguez, un artiste engagé auprès des malades

David Rodriguez, un artiste engagé auprès des malades

Pour David Rodriguez, la danse constitue un formidable levier pour parler du cancer «autrement», tisser du lien social et partager ses émotions.

Danseur professionnel, David Rodriguez a donné un nouveau tour à sa carrière après avoir été touché par le cancer à l’âge de 26 ans. Il a décidé de mettre son art au profit des malades, forme de catharsis pour aller de l’avant. Portrait.

D’un tempérament doux et volontaire à la fois, David Rodriguez évoque avec sérénité son parcours de vie qui, pourtant, n’a pas été dépourvu d’obstacles. Né en Catalogne il y a trente ans, rien ne le prédestinait à monter sur les planches. C’est sur le tard et grâce à la mère d’une amie que le jeune homme s’est découvert une passion pour la danse. Il a pris ses premiers cours à l’âge de 16 ans, ce qui ne l’a pas empêché d’intégrer de prestigieuses compagnies, comme le Béjart Ballet Lausanne, le Tiroler Landestheater und Symphonieorchester d’Innsbruck – où il est devenu soliste – ou encore l’ensemble Gauthier Dance/Dance company du Theaterhaus de Stuttgart. Avec, à la clé, la maîtrise d’un large répertoire, qui va du classique au contemporain en passant par le néoclassique.

LA SCÈNE POUR SE SENTIR VIVANT

Les tournées de danse ont ainsi rythmé durant plusieurs années sa vie menée tambour battant aux quatre coins du monde. Mais en 2016, coup d’arrêt, il ressent d’importantes douleurs au niveau de l’aine. Et très vite le diagnostic tombe : cancer du testicule. « J’étais choqué. Quand on entend le mot cancer, on pense tout de suite à la mort. J’ai cru que je n’allais pas m’en sortir. » Opéré d’urgence, le jeune homme alors âgé de 26 ans récupère relativement vite. Contre l’avis de son médecin, il se prépare à retourner sur scène quelques petites semaines après l’intervention chirurgicale qu’il a subie pour danser dans un spectacle où il tient un rôle de premier plan. « Je voulais me sentir vivant, reprendre le contrôle de ma vie. Psychologiquement, cela comptait beaucoup pour moi de continuer à travailler », souligne David Rodriguez. Nouveau coup dur le matin même de la première de cette représentation : son oncologue lui annonce qu’un ganglion situé près de l’endroit où il a été opéré présente une taille anormalement grande, signe probable du développement d’une métastase. On lui recommande d’entamer tout de suite une radiothérapie. Par peur des effets secondaires, le danseur fait le choix, non sans un pincement au cœur, de ne pas suivre ce traitement avant d’avoir la certitude que le cancer s’est propagé plus avant. « C’était une décision extrêmement difficile à prendre, j’ai écouté ce que mon instinct me disait », explique-t-il. Les résultats des analyses complémentaires tombent un mois après, à la veille de son départ pour une tournée aux États-Unis. Et, immense soulagement, le ganglion a repris sa taille normale. C’est donc le cœur léger qu’il s’envole pour l’Amérique, avec un plaisir redoublé à être sur les planches.

DE NOUVELLES PRIORITÉS

S’ensuivent deux ans durant lesquels David Rodriguez continue de danser à un rythme soutenu, tout en entamant une réflexion profonde. « Je ne comprenais pas pourquoi la maladie m’était tombée dessus alors que je menais un mode de vie sain. Mille fois, je me suis posé la question ‹ pourquoi moi ? ›. Il me semblait important de prendre du recul. Mais attention, il ne faut pas se culpabiliser et chercher des réponses là où elles n’ont pas lieu d’être. Ce n’est pas parce que l’on a fait quelque chose de faux qu’on attrape le cancer », prévient le danseur. Une introspection qui le mène à changer ses habitudes pour gagner en qualité de vie. « On se croit immortel, mais quand on frôle la mort, on comprend bien vite que la vie est un cadeau. » Le David d’avant travaillait énormément, faisait beaucoup de sacrifices pour répondre aux exigences du milieu de la danse, voyait peu sa famille. Le David d’aujourd’hui, heureux de n’avoir aucune séquelle de son cancer, reste toujours très actif mais attribue une place plus importante à ses proches et accorde davantage de valeur au temps et à ce qu’il en fait. « Je veux donner du sens à ce qui m’est arrivé et aux actes que j’entreprends », confie-t-il.

Ce sens, David Rodriguez le trouve en alliant sa passion pour la danse à son envie de soutenir les personnes qui traversent l’épreuve du cancer. Le résultat ? Un spectacle caritatif de danse organisé en 2017 en Catalogne et qui, au vu du succès rencontré, se prolonge en 2018 et 2019 par un festival intitulé Girona en Moviment. « Le face-à-face entre les danseurs et le public relève de la magie. Chacun s’ouvre à l’autre, l’expérience est d’une extrême richesse. La danse permet de communiquer des émotions, de libérer des sentiments, de se découvrir l’un l’autre. »

LA DANSE, UN OUTIL SOCIAL

Ce festival provoquera un déclic. « En m’investissant pour les autres, je sens que je désamorce ma peur face à la récidive. C’est une forme de catharsis qui me permet d’aller de l’avant. » David Rodriguez et son compagnon décident ainsi de libérer du temps pour se consacrer davantage à Girona en Moviment, mais aussi pour réaliser leurs propres créations. Le couple, qui s’est rencontré au Béjart Ballet, revient donc s’installer à Lausanne, où il compte de nombreux amis. David Rodriguez, qui enseigne la danse dans différentes écoles du canton, contacte alors la Ligue vaudoise contre le cancer. Et, « comme un signe du destin », rencontre la directrice de l’association le 13 mai 2019, soit trois ans jour pour jour après son opération du testicule. Titulaire d’un master en gestion culturelle de l’Université ouverte de Catalogne, le jeune homme souhaite mettre sur pied des projets culturels dans le domaine social et s’en ouvre à l’association. « On oublie trop souvent que la danse comporte une importante dimension sociale. Son langage, universel, rassemble. C’est un formidable levier pour tisser du lien social, exprimer ses émotions, humaniser des causes, lever des tabous. Quoi de mieux pour sensibiliser le grand public aux difficultés rencontrées par les personnes atteintes de cancer ? » 

Son envie entre en résonance avec les réflexions menées par la Ligue pour l’organisation de son 60e anniversaire l’année suivante, en 2020. C’est le début d’une fructueuse collaboration qui mène à la création de Dansons la vie !, un programme d’activités en lien avec la danse proposé de février à décembre avec, en point d’orgue, un gala caritatif le 31 octobre (lire en page 7). En raison du coronavirus, plusieurs événements ont été proposés en ligne ou reportés à une date ultérieure, mais l’esprit qui a présidé à la démarche reste le même pour les manifestations à venir : en appeler à la solidarité avec les personnes atteintes dans leur santé, tout en soulignant que le mouvement est bénéfique pour la santé avant, pendant et après la maladie. Objectif atteint donc pour David Rodriguez. La démarche professionnelle et personnelle entamée suite à son cancer lui permet de se lancer dans un nouveau tour de piste avec Dansons la vie !

Propos recueillis par Béatrice Tille

David Rodriguez a rejoint l’équipe de la LVC en octobre 2019 pour coordonner le programme « Dansons la vie ! » ; il s’occupe désormais aussi des activités collectives.