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Ligue vaudoise contre le cancerNotre journalBouger, un atout santé

Bouger, un atout santé

L’activité physique fait ses preuves pour regagner autonomie et qualité de vie pendant et après les traitements contre le cancer. Elle permet également de sortir de l’isolement dans lequel la maladie enferme parfois.

Le mouvement est bénéfique pour la santé. Un constat qui se confirme également, on le sait moins, en cas de cancer. L’activité physique, désormais recommandée aux patients, augmente leur qualité de vie, avec des bénéfices sur le long terme. Un tournant dans la prise en charge de la maladie.

« C’est une véritable bouffée d’oxygène. J’ai eu de la peine à m’y mettre, mais maintenant j’y suis accro. » Atteinte d’un cancer du sein suivi d’une récidive virulente, Ginette Vago, âgée de 70 ans, participe depuis cinq ans à l’un des cours de gymnastique organisés par la Ligue vaudoise contre le cancer. Avec bonheur. Si pendant longtemps le corps médical ne proposait pas d’activité physique aux malades – le repos constituait une priorité – elle fait désormais partie intégrante des soins qui leur sont offerts. Et pour cause. Des preuves scientifiques solides tendent à démontrer que le mouvement comporte de multiples bénéfices pour la santé, comme l’explique l’oncologue Didier Jallut, directeur médical du Réseau lausannois du sein. « La pratique d’une activité physique adaptée pendant et après les traitements augmente la qualité de vie des patients, permet de lutter contre le risque de récidive – principalement des cancers du sein, du côlon et de la prostate – et contribue à la diminution du risque de mortalité. »

BON POUR LE CORPS ET LA TÊTE
Les patients sous traitement voient leurs capacités cardiovasculaires et musculaires s’altérer. À ce déconditionnement physique viennent s’ajouter une kyrielle d’effets secondaires indésirables : fatigue chronique, douleurs, neuropathies, etc. Pratiquer des exercices réguliers permet de lutter contre ces effets délétères. Comment ? « Une cascade complexe d’éléments biologiques et biochimiques entre en ligne de compte », explique l’oncologue Didier Jallut. « L’activité physique augmente par exemple la concentration d’adiponectine dans le corps, hormone qui possède des vertus anti-inflammatoires. Le mouvement modifie également les cytokines – molécules qui jouent un rôle dans l’apparition de la fatigue – et permet de renforcer la masse musculaire, ce qui réduit la toxicité des traitements. Bouger stimule aussi le système immunitaire. » L’activité physique agit en outre de manière positive sur les facteurs de comorbidité que sont l’obésité, le diabète ou les maladies cardio-vasculaires. Et ce qui dans l’immédiat est bénéfique pour la santé l’est aussi pour la suite, qu’il s’agisse de prévenir la récidive ou prolonger l’espérance de vie. Rester actif pendant et après les traitements contre le cancer ne présente pas que des vertus physiques. « Se sentir mieux dans son corps contribue au bien-être psychique », explique Nicolas Sperisen, spécialiste en promotion de la santé et réadaptation auprès de la Ligue suisse contre le cancer. « Redécouvrir un corps meurtri équivaut souvent, de manière symbolique, à reprendre le contrôle sur son existence. C’est un pas très important vers le maintien de la qualité de vie, l’autonomie et la confiance en soi. » Ginette Vago en témoigne. « Bouger me permet de contrer mes problèmes d’équilibre, invalidants au quotidien. C’est positif pour le moral, je me sens plus légère, mes crises d’angoisse s’atténuent. » Socialement, les activités « sportives » permettent également, quand on les pratique en groupe, de sortir de l’isolement dans lequel la maladie enferme parfois, de partager son vécu et ses émotions.

POLITIQUE DES PETITS PAS
Si l’activité physique n’est pas la panacée, elle constitue un élément phare en matière de réadaptation oncologique – démarche qui vise à garantir le bien-être physique, psychique et social des patients. La thérapie par le mouvement, centrale, est donc couplée à des conseils nutritionnels, un soutien psychologique, des appuis à la reprise professionnelle, etc. Reste qu’il n’est pas toujours facile de se remettre à bouger : les barrières sont nombreuses. Physiques d’abord, lorsque la fatigue et les douleurs mettent au tapis, mais aussi structurelles ou psychologiques. « Inciter les malades à pratiquer une activité physique peut faire peur et il ne s’agit surtout pas de les culpabiliser », souligne Didier Jallut. « Pour susciter l’adhésion, il faut privilégier la politique des petits pas, en insistant sur le fait que chaque initiative compte, quelle qu’elle soit. Les oncologues devraient mettre les bouchées doubles pour encourager leurs patients à remettre le pied à l’étrier. » Sur le papier, il faudrait « bouger » quarante-cinq minutes trois fois par semaine. Sont recommandés les exercices qui permettent de travailler l’endurance, la force, la souplesse et l’équilibre. En pratique, le maître-mot est l’adaptation. « L’activité doit être appropriée à l’état général de l’individu, à sa pathologie de base et à ses ressources physiques et psychologiques », insiste Didier Jallut.

CHANGEMENT DE PARADIGME
La réadaptation oncologique avec, au centre, la thérapie parle mouvement, se développe donc progressivement en Suisse, même s’il reste encore beaucoup à faire. Un modèle qui s’écarte complètement du passé, où l’activité physique était absente du tableau. Comment l’expliquer ? Pour Nicolas Sperisen, de la Ligue suisse contre le cancer, un tournant a été pris au début des années quatre-vingts avant d’être formellement scellé, en 1986, dans la Charte d’Ottawa, document adopté lors de la première conférence internationale pour la promotion de la santé qui s’est tenue au Canada. « Avec ce texte, nous sommes passés d’une vision pathologiste de la médecine, qui visait à guérir les gens, à un modèle qui cible la maîtrise de la santé et les moyens de l’améliorer. Il s’agit donc de réaliser un important travail d’information qui permette aux individus d’opérer des choix judicieux pour rester en meilleure forme possible. » À ce titre, l’activité physique est un important facteur de protection avant, pendant et après la maladie. Enfin, il y a vingt ans, la priorité allait à la survie. Les progrès foudroyants de la médecine laissent dorénavant davantage de place au développement de mesures qui améliorent la qualité de vie des patients. Cela passe par un travail pluridisciplinaire entre professionnels de la santé et la nécessité de proposer des offres toujours plus ciblées et accessibles sur le plan financier, ce qui n’est pas toujours le cas.

REMBOURSEMENT PARTIEL
Il existe deux types d’offres de soins en matière de réadaptation oncologique. Des programmes complets, basés en majeure partie sur l’activité physique, proposés par certains hôpitaux et cliniques ainsi que les ligues tessinoise et zurichoise contre le cancer. En parallèle, des initiatives isolées fleurissent un peu partout, mises sur pied par des ligues contre le cancer, différentes associations,des physiothérapeutes, etc. « Les frais d’un traitement de physiothérapie prescrit par un médecin sont par exemple remboursés par l’assurance-maladie de base, mais aucun programme de réadaptation n’est entièrement pris en charge par la LAMal »,déplore Nicolas Sperisen. En collaboration avec l’ensemble des ligues cantonales contre le cancer, la Ligue suisse effectuera dès l’année prochaine un important travail de lobbyisme auprès des politiciens et assureurs pour que tous ces soins soient remboursés. Un impératif pour les survivants à la maladie, dont le nombre pourrait atteindre un demi-million en 2030.

Béatrice Tille