krebsliga_aargaukrebsliga_baselkrebsliga_bernkrebsliga_bern_dekrebsliga_bern_frkrebsliga_freiburgkrebsliga_freiburg_dekrebsliga_freiburg_frkrebsliga_genfkrebsliga_glaruskrebsliga_graubuendenkrebsliga_jurakrebsliga_liechtensteinkrebsliga_neuenburgkrebsliga_ostschweizkrebsliga_schaffhausenkrebsliga_schweiz_dekrebsliga_schweiz_fr_einzeiligkrebsliga_schweiz_frkrebsliga_schweiz_itkrebsliga_solothurnkrebsliga_stgallen_appenzellkrebsliga_tessinkrebsliga_thurgaukrebsliga_waadtkrebsliga_walliskrebsliga_wallis_dekrebsliga_wallis_frkrebsliga_zentralschweizkrebsliga_zuerichkrebsliga_zug
Ligue contre le cancerLigue vaudoise contre le cancerNotre journalNeuropathies : un handicap au quotidien

Neuropathies : un handicap au quotidien

Thierry Kuntzer : "Les avancées médicales augmentent le taux de survie face au cancer, mais les effets secondaires des traitements restent importants. Les neuropathies en sont un exemple parlant. "

Elles sont fréquentes, parfois invalidantes et, pour certaines, très douloureuses : les neuropathies périphériques induites par les chimiothérapies pèsent sur le quotidien de nombreux patients et restent difficiles à soulager. Explications avec le Professeur Thierry Kuntzer, médecin adjoint au service de neurologie du CHUV.

LES PATIENTS QUI SONT OU ONT ÉTÉ SOUS CHIMIOTHÉRAPIE RISQUENT DE DÉVELOPPER DES NEUROPATHIES PÉRIPHÉRIQUES, COMPLICATIONS NEUROLOGIQUES FRÉQUENTES SUITE À CE TYPE DE TRAITEMENT. DE QUOI S’AGIT- IL ?
Certains agents chimiothérapeutiques présentent une importante toxicité pour le système nerveux périphérique, endommageant les nerfs qui le composent. Prolongement du cerveau et de la moelle épinière, il joue un rôle important pour le maintien de l’intégrité de notre organisme : il assure, dans un sens comme dans l’autre, la circulation des informations sensorielles entre le cerveau et nos différents organes. Nous prenons ainsi des décisions adaptées à notre environnement. Si nous touchons une plaque chaude, par exemple, nous allons immédiatement retirer la main pour éviter de nous brûler. Pour utiliser une image simple, les neuropathies périphériques pourraient être comparées à des sortes de courts-circuits : les nerfs touchés se mettent à donner de fausses informations au cerveau, ce qui crée différents dysfonctionnements, souvent assortis de douleurs.

QUELS SONT LES SYMPTÔMES LES PLUS FRÉQUENTS ?
Le panel est large, avec des troubles sensitifs, moteurs et neurovégétatifs temporaires ou permanents. Les désordres sensitifs – les plus fréquents – se manifestent notamment par des fourmillements, une perte ou, a contrario, une exacerbation de la sensibilité face au chaud et au froid ou encore des sensations de brûlure. En général, ces symptômes apparaissent aux extrémités, pieds et mains, avant de se propager au reste du corps. Les atteintes motrices se traduisent souvent par des troubles de l’équilibre assortis d’un sentiment d’ébriété, de la faiblesse musculaire ou de la difficulté à réaliser des gestes fins avec les doigts. Les troubles neurovégétatifs se matérialisent par exemple par une sécheresse de la peau ou, plus rarement, par une réplétion gastrique ou de la constipation. Souvent invalidants, ces déficits peuvent s’accompagner ou non de douleurs et interférer avec la qualité de vie des patients.

DE QUOI DÉPEND LA GRAVITÉ DES ATTEINTES DES NERFS ?
Elle est étroitement liée aux molécules utilisées pour les chimiothérapies – certaines sont plus toxiques que d’autres – et au dosage administré. Avec le cisplatine, agent couramment employé, des neuropathies périphériques apparaissent dans 30 à 40 % des cas. Avec la vincristine, molécule ancienne dont l’usage reste important, la fréquence peut grimper jusqu’à 60 % lors de prise élevée. Des susceptibilités personnelles, difficiles à prédire, entrent également en ligne de compte. Certains facteurs de risque ont tout de même été identifiés, comme le diabète, l’insuffisance rénale ou les déficits en vitamines.

EXISTE-T-IL DES MOYENS DE PRÉVENIR CES COMPLICATIONS ?
À l’heure actuelle, non. Différentes molécules supposées présenter des vertus neuro-protectrices sont testées mais, pour l’instant, sans résultat probant. En l’absence de traitement préventif, la détection précoce constitue donc une priorité médicale. Cela est d’autant plus vrai que la situation neurologique du patient peut, par un effet de toxicité décalée, se dégrader même lorsque les traitements ont pris fin. Il faut donc anticiper au maximum l’apparition de neuropathies périphériques pour éviter les déficits neurologiques permanents.

COMMENT PROCÈDE-T-ON À LA DÉTECTION PRÉCOCE ?
L’évaluation clinique repose sur un questionnaire – l’écoute du patient se situe ainsi au centre de la démarche – car les neuropathies ne sont associées à aucun marqueur biologique. L’exercice reste difficile : il n’est pas toujours aisé d’identifier des neuropathies parmi les effets secondaires importants et cumulés des traitements contre le cancer. D’où l’importance d’un suivi régulier et d’une prise en charge interdisciplinaire des malades. Dans les situations complexes, certains examens neurologiques, comme des tests de conduction nerveuse ou de vérification des réflexes, permettent d’apporter davantage de clarté.

UNE FOIS LA PRÉSENCE DE NEUROPATHIES IDENTIFIÉE, COMMENT TRAITER LES SYMPTÔMES ?
La première mesure consiste à diminuer la dose de médicament tout en conservant une efficacité thérapeutique. On peut aussi interrompre le traitement pour un certain temps ou administrer un autre type de chimiothérapie si l’une ou l’autre de ces deux options est envisageable. Pour le reste, nous essayons de proposer des solutions pour diminuer les douleurs, mais elles restent malheureusement limitées dans leur efficacité. Les neuropathies ne répondent pas aux antalgiques classiques. C’est donc vers des anti-dépresseurs et anti-épileptiques, qui contribuent à diminuer l’excitabilité du système nerveux, que nous nous tournons.

QUELS CONSEILS PRATIQUES DONNER AUX PATIENTS POUR TOUT DE MÊME LES SOULAGER AU QUOTIDIEN ?
L’élément clé réside dans le maintien de la mobilité par le biais d’une activité physique régulière, soit environ une demi-heure deux à trois fois par semaine. Le mouvement améliore l’état de santé général et prévient la fatigue que peuvent provoquer la faiblesse musculaire ou les douleurs. Des séances de physiothérapie sont indiquées pour les patients qui n’ont pas l’habitude de faire des exercices réguliers, ils apprendront ainsi à mieux connaître leur corps et son fonctionnement. Quant à la notion de douleur, elle reste très subjective : dans certains cas, les médecines complémentaires peuvent apporter un plus aux patients. Enfin, des astuces pratiques comme se déplacer lentement ou utiliser des accessoires fonctionnels peuvent, dans une moindre mesure, apporter un peu de confort dans les gestes du quotidien.

Propos recueillis par Béatrice Tille