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Ligue contre le cancerLigue vaudoise contre le cancerNotre journal"Le corps subit, l'esprit se débat"

"Le corps subit, l'esprit se débat"

Valérie Boagno : "Je m'accroche à la vie, pour laquelle j'ai un immense appétit."

Cancer colorectal au stade IV, avec métastases aux poumons et au foie : suite à l’annonce de son diagnostic en avril 2015 à l’âge de 50 ans, Valérie Boagno a enchaîné les traitements.
Aujourd’hui, après un important travail d’introspection, sa parole s’est libérée. Rencontre.

RADIOTHÉRAPIE, CHIMIOTHÉRAPIE, CHIRURGIE : VOUS VIVEZAU RYTHME DES TRAITEMENTS CONTRE LE CANCERDEPUIS PLUS DE DEUX ANS. COMMENT VOUS SENTEZ-VOUS AUJOURD’HUI ?
Je prends maintenant une chimiothérapie orale, dite de maintien,que je supporte beaucoup mieux que les chimiothérapies« traditionnelles », qui me mettaient au tapis. Mon agenda n’est plus tributaire de ces séances, c’est bien meilleur pour mon moral.La tumeur du côlon a pu être retirée, les atteintes au foie ont été soignées grâce à la radiofréquence, c’est-à-dire brûlées de l’intérieur par la chaleur. Restent encore des métastases aux poumons, actuellement traitées par radiothérapie.

COMMENT AVEZ-VOUS RÉAGI À L’ANNONCE DU DIAGNOSTIC ?
De manière paradoxale, ce choc m’a presque redonné de l’énergie.Je me suis dit : « Je vais me battre et l’emporter face à cette maladie. » Je me suis focalisée sur les traitements : on pare au plus pressé. Viennent ensuite une immense fatigue et la question de savoir s’il faut continuer de vivre ou non. Je me suis sentie dans l’obligation de faire un choix : me laisser aller ou poursuivre les traitements. Cette dichotomie entre repos et combat a constitué un moment charnière. Ma phase de doute, qui a duré quinze jours, était extrêmement profonde et je me suis fait très peur. Finalement, j’ai balancé du côté de la vie, décidant que j’allais m’y accrocher. Passé ce cap, c’est comme si j’avais retrouvé un second souffle.

S’ACCROCHER À LA VIE, C’EST AUSSI LUI DONNER UN NOUVEAU TOUR ?
C’est certain. J’ai pris connaissance du diagnostic de ma maladie peu après avoir été remerciée par mon employeur, une double peine en quelque sorte. Le cancer est venu renforcer l’isolement social qui fait suite à toute perte de travail. Je sais que de nombreuses personnes pensent à moi, mais, souvent, elles n’osent pas me faire signe. Malade, vous exercez comme un effet miroir et reflétez aux autres leurs propres peurs, ce qui se comprend aisément.Chacun se construit un univers au centre duquel il évolue.Le cancer change tout. Il faut trouver un nouvel équilibre.

QUEL CHEMIN AVEZ-VOUS PRIS POUR Y PARVENIR ?
Avec la maladie, le corps subit et l’esprit se débat. Il faut trouver le moyen de pacifier tout cela. Le soutien des personnes qui travaillent dans le domaine des soins m’a fait beaucoup de bien.Les médecines complémentaires ont également joué un rôle clé pour moi. Elles m’ont permis de m’écouter, de sentir mon corps et de le relier à mon esprit. J’ai pu progressivement libérer ma parole et pratiquer une forme d’introspection que je ne m’étais pas autorisée auparavant. C’est peut-être l’un des « bénéfices »de la maladie, terme qui, il y a encore peu de temps, me faisait littéralement bondir. Le cancer vous oblige à ne plus « faire »,mais à « être ». Déjà curieuse avant mon cancer, je le suis encore davantage ! Je suis sensible à beaucoup de choses auxquelles je ne prêtais pas attention auparavant. J’aspire aux petits bonheurs,qui donnent un véritable appétit pour la vie. Avec ceux qui sont auprès de vous, les relations sont plus denses, plus riches.

AVEZ-VOUS DÛ RENÉGOCIER VOS RELATIONS AVEC VOS PROCHES ?
Les rôles changent. J’ai toujours été une « locomotive » pour les autres, dans le privé comme au travail. Avec la maladie, je n’en suis plus capable. Les repères de certains de mes proches se sont effondrés. Il a fallu redéfinir mes interactions avec les autres. Je présente un côté « animal blessé », qui n’est plus dans la course.Avant, j’avais une forme de force visible de l’extérieur. Maintenant,ma force est intérieure. Elle est encore plus significative,ancrée en moi quoi qu’il arrive.

VOUS SENTEZ-VOUS FORTE MÊME FACE À LA MORT ?
Un mois après le diagnostic, j’ai eu très peur de perdre la vie. Maintenant,je ne perçois plus la mort comme une épée de Damoclès, qui terrorise. Je sais qu’elle est là, mais je veux qu’elle reste le plus loin possible et que je vive le mieux possible. Je fais tout, vraiment tout ce je peux, pour qu’elle m’oublie pour un temps encore.

AVEZ-VOUS RESSENTI DES SENTIMENTS D’INJUSTICE OU DE CULPABILITÉ AU REGARD DE VOTRE PARCOURS ?
Ni l’un, ni l’autre. La maladie m’a rendue très triste, mais ne m’a pas révoltée. Elle a évidemment suscité de nombreuses questions en moi : pourquoi mon corps se manifeste-t-il si violemment ?Pourquoi, peu après mon licenciement, la maladie, qui était déjà présente, a-t-elle littéralement « explosé » ? J’ai trouvé des réponses dans mon passé, liées à des traumatismes antérieurs. Le plus important, quand vous êtes malade, c’est de faire table rase de toute statistique, qui ne vous laisse plus beaucoup de temps à vivre, comme de toute culpabilité, qui est contraignante. Je pense qu’il y a un important effort libératoire à accomplir pour vivre le mieux possible. Il faut sortir quelque chose de soi, qui va bien au-delà du fait de retirer chirurgicalement une tumeur. Témoigner de ma maladie dans le journal de la Ligue vaudoise contre le cancer y participe.

Propos recueillis par Béatrice Tille