krebsliga_aargaukrebsliga_baselkrebsliga_bernkrebsliga_bern_dekrebsliga_bern_frkrebsliga_freiburgkrebsliga_freiburg_dekrebsliga_freiburg_frkrebsliga_genfkrebsliga_glaruskrebsliga_graubuendenkrebsliga_jurakrebsliga_liechtensteinkrebsliga_neuenburgkrebsliga_ostschweizkrebsliga_schaffhausenkrebsliga_schweiz_dekrebsliga_schweiz_fr_einzeiligkrebsliga_schweiz_frkrebsliga_schweiz_itkrebsliga_solothurnkrebsliga_stgallen_appenzellkrebsliga_tessinkrebsliga_thurgaukrebsliga_waadtkrebsliga_walliskrebsliga_wallis_dekrebsliga_wallis_frkrebsliga_zentralschweizkrebsliga_zuerichkrebsliga_zug
Ligue contre le cancerLigue vaudoise contre le cancerNotre journalJe vis à cent à l'heure

Je vis à cent à l'heure

Ken Porchet avait 14 ans quand le cancer est entré dans sa vie. Guéri depuis 8 ans, il se ressource grâce au sport. Rencontre avec un jeune homme volontaire et positif.

À L’ÂGE DE 14 ANS, VOTRE ÉTAT DE SANTÉ S’EST BRUTALEMENT PÉJORÉ. QUE S’EST-IL PASSÉ ?
Tout a commencé par de violentes douleurs abdominales, suivies de vomissements ininterrompus. Les médecins ont multiplié les examens. Au bout d’une semaine, le diagnostic est tombé : il s’agissait d’un lymphome diffus à grandes cellules B, un cancer du système lymphatique qui en était déjà à un stade avancé. L’entier de mon système immunitaire était menacé. Paradoxalement, mettre des mots sur ce qui m’arrivait a été un soulagement, je savais enfin ce contre quoi me battre. C’est l’incertitude qui était la plus difficile à gérer à ce stade.

QUEL TRAITEMENT AVEZ-VOUS SUIVI ?
Le lymphome B touche le sang et les ganglions lymphatiques, donc l’ensemble du corps : une intervention chirurgicale n’était pas indiquée. J’ai subi une chimiothérapie intensive au CHUV. Comble de malchance, j’ai attrapé un staphylocoque doré quand le personnel médical m’a posé un cathéter veineux destiné à faciliter les perfusions et injections. Au final, mon traitement aura duré une année, dont 7 mois passés à l’hôpital, avec plusieurs séjours aux soins intensifs et en chambre stérile.

COMMENT AVEZ-VOUS RÉUSSI À SUPPORTER TOUT CELA ?
Grâce au soutien indéfectible de ma famille, de mes amis et du personnel soignant du département médico-chirurgical de pédiatrie du CHUV. Grâce aussi à une sacrée dose de volonté ! J’avais décidé de ne pas me laisser aller. Il n’empêche : j’ai connu des moments d’intense découragement. La chimiothérapie m’a mis au tapis. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même et pesais 42 kilos, contre 95 auparavant. Certains jours, la douleur physique était telle que j’aurais été prêt à sauter par la fenêtre de ma chambre. Heureusement pour moi, les baies vitrées du CHUV ne pouvaient pas s’ouvrir. Quand on ne supporte plus le moindre bruit, la moindre odeur, le moindre signe d’affection – une caresse sur le front par exemple – on a envie de mettre un terme à sa souffrance, tout simplement.

AVEZ-VOUS EU PEUR DE MOURIR ?
Non. J’ai souffert tant et plus. Et si parfois j’aurais voulu que tout s’arrête, je n’ai en revanche jamais pensé que la maladie pourrait m’emporter.

RESSENTIEZ-VOUS UN SENTIMENT D’INJUSTICE FACE À CE QUI VOUS ARRIVAIT ?
Là aussi, la réponse est non. Je gardais toutes mes forces pour lutter contre le cancer. En revanche, au sortir de la maladie, j’ai développé un certain mépris face aux personnes qui se plaignaient de « broutilles », insignifiantes à mes yeux. Avec l’âge et la maturité, j’ai évolué. Je sais que chacun gère la souffrance comme il le peut.

ET AUJOURD’HUI, OÙ EN ÊTES-VOUS ?
Je suis guéri depuis 8 ans. Après ma sortie de l’hôpital, j’ai fait un énorme rebond. Avant la maladie, je pratiquais les arts martiaux. J’ai renoué avec l’activité physique et, progressivement, j’ai repris près de 50 kilos ! De fil en aiguille, le sport est devenu mon métier : je suis instructeur de fitness, une véritable passion.

UNE PASSION QUE VOUS AVEZ SOUHAITÉ PARTAGER AVEC D’AUTRES…
Le soutien que j’ai reçu de toutes parts pendant et après ma maladie a été primordial pour aller de l’avant. Aujourd’hui, j’ai envie de donner en retour, d’être présent pour ceux qui en ont besoin. C’est la raison pour laquelle j’ai animé un cours de fitness que la Ligue vaudoise contre le cancer proposait aux hommes atteints de cancer.

UNE EXPÉRIENCE ENRICHISSANTE POUR VOUS ?
Bien sûr ! J’ai le contact facile, j’aime le sport et je voulais faire un geste pour les personnes qui sont aux prises avec la maladie. Toutes les conditions étaient remplies pour que les participants et moi puissions trouver du plaisir et du sens à ce cours. Evidemment, les exercices que je leur ai proposés étaient adaptés à leur forme physique. Nous n’étions pas là pour réaliser des prouesses sportives, mais pour partager des moments de détente. Au-delà de mon cas particulier – le sport m’a aidé à remonter la pente – il est important de souligner que le mouvement est bénéfique pour la santé. L’activité physique recharge l’organisme en énergie et permet également de réduire les effets secondaires des traitements anticancéreux.

CRAIGNEZ-VOUS UNE RÉCIDIVE DE VOTRE CANCER ?
Je ne me pose pas de questions et j’ai, envers et contre tout, confiance dans la vie. Il n’est pas question de brider mes envies sous prétexte d’une éventuelle rechute. Etre perpétuellement inquiet, c’est invivable. Je vis à cent à l’heure, toujours partant pour aller de l’avant.

QUELLES SONT VOS ENVIES POUR LA SUITE ?
Poursuivre ma carrière, fonder une famille et, bien sûr, profiter de l’instant présent. Je ne suis pas différent des autres, à une nuance près peut-être : pour me sentir en vie, j’ai besoin d’intensité. Ayant été poussé dans mes derniers retranchements pendant la maladie, je suis souvent à la recherche de l’extrême, sensation que j’éprouve par exemple dans l’effort physique intensif. Le cancer m’a rendu persévérant, volontaire et m’a appris que les seules limites que l’on a sont celles que l’on s’impose. Mais voilà que je deviens philosophe !

Propos recueillis par Béatrice Tille