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Ligue contre le cancerLigue vaudoise contre le cancerNotre journalMédecines "douces" et cancer, un dialogue nécessaire

Médecines "douces" et cancer, un dialogue nécessaire

"Traiter un cancer ne signifie pas seulement tuer des cellules malignes, c'est aussi faire en sorte que le patient bénéficie d'une bonne qualité de vie." Dr. Pierre-Yves Rodondi

Les médecines complémentaires ont le vent en poupe. Les études montrent que nombreux patients soignés pour un cancer ont recours à des thérapies complémentaires. Mais sont-elles pour autant dépourvues de risque ? Rencontre avec le Dr Pierre-Yves Rodondi, médecin de famille et responsable du nouveau Centre de médecine intégrative et complémentaire (CEMIC) du CHUV et de la PMU, à Lausanne.

QUELLES SONT LES DIFFÉRENCES ENTRE MÉDECINES DOUCES, NATURELLES, PARALLÈLES, ALTERNATIVES ET COMPLÉMENTAIRES ?
Ces appellations désignent plus ou moins la même idée, c’est leur connotation qui varie fortement. Je ne suis pas favorable aux qualificatifs « douces » et « naturelles », qui donnent l’impression que ces médecines sont inoffensives, alors qu’elles peuvent avoir des effets secondaires Le terme « alternat.ive » signifie « à la place de », tandis que « parallèle » induit une approche qui ne rejoindrait jamais la médecine classique, comme si thérapeutes et patients devaient choisir leur camp. Je préfère donc parler de médecines « complémentaires », car cela exprime littéralement un complément à la médecine conventionnelle. Et c’est ce qui correspond le mieux à l’usage que font les gens de ces thérapies.

CERTAINES DE CES THÉRAPIES COMPORTENT-ELLES DES RISQUES LORSQUE L’ON SUIT UN TRAITEMENT ANTICANCÉREUX ?
En effet, les plantes et compléments alimentaires peuvent interagir dangereusement avec des agents de chimiothérapie. Il vaut donc mieux les éviter. Prenons l’exemple du thé vert : beaucoup de patients en boivent, ce qui n’est souvent pas un risque en soi. Mais dans le cas d’un médicament utilisé contre le myélome multiple, il a été montré que le thé vert diminue les effets de la chimiothérapie. Il est donc essentiel d’informer son oncologue avant de suivre un traitement non conventionnel afin d’éviter toute forme d’interaction, surtout lorsqu’il est question de consommer des produits à base de plantes. Enfin, il faut d’office se méfier de toute substance « miracle » ou thérapie promettant la guérison : cela n’existe pas. Si une molécule ou technique avait fait preuve d’une efficacité extraordinaire, elle ne serait certainement pas ignorée de la communauté scientifique.

QUELLE MÉTHODE COMPLÉMENTAIRE RECOMMANDERIEZ- VOUS AUX PERSONNES ATTEINTES DE CANCER ?
Rappelons avant tout qu’aucun traitement complémentaire ne guérit le cancer. Toutefois, traiter un cancer ne signifie pas seulement tuer des cellules malignes, c’est aussi faire en sorte que le patient bénéficie d’une bonne qualité de vie. Ainsi, ces médecines ont un intérêt pour soulager les troubles associés à la maladie, tels que douleurs, nausées, angoisses, fatigue ou insomnies. Il y a des résultats intéressants avec le yoga ou l’acupuncture, par exemple. Le médecin est au service du patient et devrait pouvoir l’aiguiller, s’il le souhaite, vers une thérapie complémentaire adéquate. Il est urgent de favoriser le dialogue entre médecine conventionnelle et complémentaire. La médecine dite intégrative, très développée aux États-Unis dans les grands centres du cancer, vise justement à offrir au patient le meilleur des médecines conventionnelles et complémentaires, en se basant sur des données scientifiques.

LES THÉRAPIES COMPLÉMENTAIRES FONT-ELLES L’OBJET DE PROCESSUS DE VALIDATION SCIENTIFIQUE ?
Les fonds alloués à la recherche sont très faibles dans ce domaine, aussi évolue-t-elle lentement. Il faut pourtant entreprendre les études avec la même rigueur que pour la médecine conventionnelle, avec des techniques dirigées sur des symptômes particuliers. S’il est possible de mesurer les effets d’un médicament avec ceux d’un placebo, il est plus difficile de comparer yoga et yoga placebo ! Il faut donc plutôt créer des études qui comparent deux approches. Par exemple, pour le cancer chez la femme, des études montrent que l’acupuncture a la même efficacité qu’un antidépresseur contre les bouffées de chaleur liées à des traitements anticancéreux. Les professionnels de la santé devraient avoir accès plus facilement à ce genre de données.

OÙ ORIENTER LES PATIENTS QUI CHERCHENT UNE MÉTHODE COMPLÉMENTAIRE FIABLE SANS CONTRE-INDICATION AVEC LEUR TRAITEMENT ?
Pour l’heure, il n’existe malheureusement pas de site web fiable ou de littérature accessible en français. Dans un monde idéal, généralistes, oncologues et thérapeutes devraient pouvoir conseiller les patients sur les approches complémentaires adéquates ou à éviter, mais il est très difficile d’être à jour dans tous les domaines. Aux États-Unis, des spécialistes de ces médecines travaillent au sein même des hôpitaux pour répondre aux questions du corps médical et des patients au sujet des thérapies complémentaires. C’est ce que vise la médecine intégrative. Un des objectifs du CEMIC, le Centre de médecine intégrative et complémentaire, est justement de réfléchir aux moyens de développer une structure similaire au sein du CHUV. Dans l’intervalle, si un patient ne trouve pas de réponse auprès de son médecin, je l’orienterais vers la Ligue suisse contre le cancer, qui dispose d’une ligne directe à cet effet (Ligne InfoCancer : 0800 11 88 11).

Propos recueillis par CVE / Plates-Bandes communication