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Ligue contre le cancerLigue vaudoise contre le cancerNotre journalLes Burkinabées face au cancer

Les Burkinabées face au cancer

"Des statistiques globales et prospectives de l'OMS estiment que le cancer touchera et décimera plus de personnes en Afrique que le paludisme, la tuberculose et le VIH réunis." Marie-Cécile Frieden

Amoureuse de l’Afrique depuis son premier voyage en 2000, Marie-Cécile Frieden rédige actuellement sa thèse sur le cancer du col de l’utérus au Burkina Faso. Nous l’avons rencontrée à Neuchâtel, où elle travaille en alternance avec des séjours sur le terrain.

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI DE TRAVAILLER SUR CE SUJET ?
J’ai été interpellée par un article sur le cancer en Afrique de l’Ouest francophone, région que je connais bien. Et j’ai mal- heureusement eu des cas de cancer dans ma famille, ce qui m’a probablement rendue assez réceptive. Il a fallu ensuite affiner le sujet : le cancer en Afrique, c’était trop vaste. Je voulais travailler avec des femmes, donc j’ai choisi un cancer qui les concernait particulièrement.

EST-CE FACILE DE RÉALISER CE TRAVAIL DANS LES INFRASTRUCTURES BURKINABÉES ?
C’est à la fois facile et compliqué. Les institutions étatiques et les organisations non gouvernementales actives dans la santé sont intéressées par le projet. Au centre hospitalier universitaire de Ouagadougou, je suis également très bien reçue par le personnel soignant. Mais comme je suis une « chercheuse », et non pas une patiente, la situation est délicate. Je ne suis pas malade, je ne veux pas gaspiller le temps imparti aux patients : les soignants sont débordés partout et notamment dans le service de gynécologie-obstétrique où je travaille.

EN SUISSE, LES FROTTIS SONT RÉGULIÈREMENT EFFECTUÉS CHEZ UN GYNÉCOLOGUE AFIN DE DÉPISTER LE CANCER DU COL DE L’UTÉRUS. AU CONTRAIRE, EN AFRIQUE, IL N’Y EN A PAS ASSEZ. POURQUOI CETTE DIFFÉRENCE ?
La prévention en Suisse est efficace : la communication, le relais des médecins et des assurances maladie fonctionnent très bien. En Afrique de l’Ouest, la relation aux soins est différente : la prévention est minime, on ne consulte que lorsque les symptômes sont alarmants, donc souvent quand la maladie est très avancée. C’est un problème économique, mais aussi infra-structurel : il y a peu de relais dans les zones rurales, notamment, et aller consulter en ville suppose une organisation compliquée et coûteuse. Les cancers gynécologiques souffrent en plus d’être des cancers relativement tabous, supposant des consultations et des soins très invasifs dans le corps féminin...

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES AU NIVEAU DE LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTES ET DE LEUR QUALITÉ DE VIE ?
Le cancer du col de l’utérus est dépourvu de symptômes dans les premiers temps. Les femmes diagnostiquées viennent consul- ter parce qu’elles souffrent et saignent beaucoup. Elles sont sou- vent, hélas, déjà à un stade avancé. Mettre en place un protocole thérapeutique s’avère très compliqué : les médicaments ne sont pas disponibles et trop onéreux. A cela s’ajoute le manque de spécialistes et d’infrastructures : il n’existe que quatre spécialistes dans tout le pays, pour 17 millions d’habitants. Il n’est pas possible non plus de faire de la radiothérapie sur place ; or, pour ce cancer, il faudrait une combinaison de chimiothérapie et de radiothérapie. Du coup, quand le diagnostic tombe, il s’agit plutôt de proposer des soins palliatifs et un accompagnement. La plu- part du temps, les femmes rentrent chez elles et commencent une phase de fin de vie, avec un accompagnement familial.

QUELLES SONT LES STATISTIQUES CONCERNANT LE CANCER DU COL DE L’UTÉRUS AU BURKINA FASO ?
Les derniers chiffres datent de 2010, ils sont donc à prendre avec des pincettes : selon l’Organisation mondiale de la santé, il y aurait 1’200 nouveaux cas et 800 décès par an, sur 17 millions d’habitants1. Bien sûr, ces chiffres concernent uniquement les patientes qui viennent consulter... Des statistiques globales et prospectives de l’OMS estiment que le cancer touchera et décimera plus de personnes en Afrique que le paludisme, la tuberculose et le VIH réunis. Cependant, ces derniers restent des « priorités », notamment pour les politiques de santé publique, les actions de coopération internationale et la recherche en général.

QUE FAUDRAIT-IL DÉVELOPPER POUR DIMINUER LE NOMBRE DE CAS ? LA VACCINATION CONTRE LE PAPILLOMAVIRUS SERAIT-ELLE ENVISAGEABLE ?
La vaccination coûterait trop cher. De plus, les vaccins testés en Europe pour nos virus seraient inutiles sur les virus locaux. Des campagnes de dépistage, qui fonctionnent assez bien, se mettent en place : les infirmiers et infirmières peuvent réaliser ces tests, sans avoir besoin forcément de médecins spécialisés. Il n’y avait rien autour du cancer il y a 10 ans : aujourd’hui, le gouvernement a misé sur la communication et le dépistage. De gros progrès ont été réalisés ces dernières années !

Propos recueillis par Carina Carballo

1 En Suisse, 250 nouveaux cas sont dépistés chaque année, avec 80 décès par an, sur 8 millions d’habitants environ (selon l’Institut national pour l’épidémiologie et l’enregistrement du cancer,  NICER).